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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 16:16

 Comment interpréter la fréquente persistance de la foi ?

 

Via une approche « psycho-neuroscientifique » du phénomène religieux ?

 

Par Michel THYS, ancien « croyant protestant par tradition familiale », athée depuis 60 ans.

 

11 février 2020.

 

Introduction.

 

Même si je suis partisan du principe de parcimonie de Guillaume d’OCCAM, il n’est évidemment pas question de simplifier le phénomène religieux en le réduisant à des « mécanismes » psycho-neurophysiologiques et génétiques ! D'autant moins du fait de la complexité inimaginable du fonctionnement cérébral humain, et parce que la foi, malgré l'état relativement avancé des observations par IRM fonctionnelle, par tomographie par émission de positons, etc., est encore loin de faire l'objet d'une véritable expérimentation scientifique, réfutable, « falsifiable » au sens de Karl POPPER.

 

Comprenons--nous bien : certes, il est acquis que l’expérience religieuse a lieu au niveau du striatum (il régit le « circuit de récompense et de renforcement), ainsi qu’au niveau des aires frontales (toutes deux d’ailleurs communes aux croyants et aux athées)., mais cela ne permet évidemment pas de conclure à l’existence ou à l’inexistence de Dieu ! D’autant moins qu’il est impossible de démontrer une inexistence, sauf en mathématiques, par l’absurde, et que les religions ne pourront jamais démontrer l'existence réelle et objective de dieux perpétuellement absents (selon elles, « la foi se vit ! »).

 

Certains philosophes théistes tentent néanmoins, désespérément, de rendre la foi intellectuellement acceptable, par exemple l'Américain Alvin PLANTINGA, avec ses « Garanties » métaphysiques évidemment subjectives et orientées via des sophismes, des syllogismes, des rationalisations a posteriori et des ratiocinations jésuitiques. Pour un scientifique, au contraire, le doute doit toujours prévaloir car il n’y a jamais de certitudes puisqu’ un élément nouveau, aussi improbable soit-il, pourrait théoriquement survenir. C’est pourquoi sans doute le journaliste scientifique feu Paul DANBLON se déclarait « agnostique, mais à connotation, à hypothèse de travail athée ».

 

Pour ma part, (ce n’est pas une pirouette !), il me semble que les dieux existent quand même, mais seulement dans la tête des croyants, à condition qu’une religion les y aient mis …

À mes yeux, les neurosciences et les sciences humaines, dont la psychologie, « suggèrent » que l’existence de Dieu n'est que subjective et imaginaire ...

Quoi qu’il en soit, il faudra sans doute attendre encore au moins un siècle pour que la neurophysiologie comprenne comment la pensée, la foi, « l'esprit », (qui sont abstraits) « émergent », « émanent » des neurones (qui sont concrets), si tant est qu’elle y parvienne un jour … !

 

Le point de vue des scientifiques :

 

Certains scientifiques, agnostiques, déistes ou athées, ont contribué, peu ou prou, à l'approche neurobiologique de la foi, par exemple Henri LABORIT, Antonio DAMASIO, Jean-Pierre CHANGEUX, et surtout Patrick JEAN-BAPTISTE, dans « Biologie de Dieu ».

D’autres par contre, notamment Jean-Didier VINCENT, Pascal BOYER, Richard DAWKINS, Henri ATLAN, …me semblent plus réticents à s’engager dans le domaine religieux, celui-ci ne relevant pas du « comment » mais du « pourquoi » et étant donc jugé personnel, délicat et tabou …

 

En revanche, deux neuroscientifiques croyants, entre-autres, qui abusent à mes yeux de leur liberté d'expression, le médecin anesthésiste Jean-Jacques CHARBONIER qui a écrit « La vie après la mort», et le Dr Mario BEAUREGARD, Québécois neuroscientifique qui a écrit « Du cerveau à Dieu : plaidoyer d'un neuroscientifique pour l'existence de l'âme» ( !), et en 2018  « Un saut quantique de la conscience pour se libérer enfin de l'idéologie matérialiste » ( ! ).

 

Ne pouvant s'affranchir de l'imprégnation de leur croyance religieuse, ces auteurs spéculent sur l'ignorance relative des neurosciences (pour expliquer par exemple les EMI), et ils prônent un nouveau « paradigme post-matérialiste ». Tous deux sont en effet devenus croyants (et le sont restés) depuis qu'ils ont attribué à une intervention divine leur guérison (d'une maladie rare à 8 ans pour l'un et d'un accident à 9 ans pour l'autre : ils présupposent donc l'existence de Dieu par "pétition de principe" !) ... Étrange quand même pour des « scientifiques » ...

 

Financé par la très chrétienne Fondation Templeton, le Dr BEAUREGARD avait même déjà tenté de démontrer « scientifiquement » l'existence de Dieu en recherchant dans le lobe temporal droit « l'antenne », qu' « Il » y aurait placée pour recevoir sa « Révélation » : en vain, bien évidemment.

D'abord parce qu'aucun dieu ne s'est jamais manifesté concrètement, et ensuite parce que, du fait des interconnexions éminemment complexes et instables entre le cerveau émotionnel (d’où émane la foi) et le cerveau rationnel (d’où procède la pensée), selon le schéma simplifié mais pédagogique de Mac LEAN, c'est presque tout le cerveau qui est concerné (cf. SAVER & RABIN), étant entendu que l'émotionnel prédomine toujours chez un croyant.

 

Le point de vue des philosophes :

 

Les actuels philosophes, anthropologues ou sociologues athées ne me semblent pas, ou alors très peu, s'intéresser à l'origine de la foi et à sa fréquente persistance : ni les Français André COMTE-SPONVILLE, Michel ONFRAY, Henri PENA-RUYZ, par exemple, pas plus que les Belges Guy HAARSHER, Jacques SOJCHER, Marcel BOLLE DE BAL, Luc NEFONTAINE, Baudouin DECHARNEUX ou Jacques RIFFLET.

Craindraient-ils que les neurosciences bouleversent la réflexion philosophique ?

 

Pourtant, plutôt que de se résoudre au confortable « mystère de Dieu », n'est-il pas légitime de tenir compte des découvertes des neurosciences, aussi partielles soient-elles encore, afin de compléter l'approche traditionnelle du phénomène religieux (psychologique, philosophique, métaphysique, historique, théologique, anthropologique, sociologique) … ?

 

Trois questions fondamentales :

 

  1. Homo religiosus ?

 

En très bref, c'est sans doute pour compenser sa faiblesse corporelle que, pour s'adapter à la vie en plaine et voir plus loin, les premiers hominidés se sont redressés il y a au moins 100.000 ans et que l'adaptation à l’environnement a lentement hypertrophié leur néocortex préfrontal et leur larynx. Celui-ci, devenant capable de langage articulé, le néocortex préfrontal a acquis la capacité, en quelque 50.000 ans, d’imaginer un nouveau « mécanisme de défense ». D'abord en s'adressant à des « esprits » (d'où les superstitions, l'animisme, le chamanisme, ...), ensuite à des dieux protecteurs et anthropomorphes, plus tard à un seul, pour tenter d’apaiser sa colère, ou de gagner ses faveurs, par des sacrifices, des prières, etc.

 

Michel de PRACONTAL écrit d'ailleurs dans « L'imposture scientifique en dix leçons » (2005), page 141 : « La pensée magique n'a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu'il s'agit d'un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n'a rien de naturel, c'est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L'éternel « retour de l'irrationnel » n'est en fait que la manifestation récurrente d'une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ».

 

Dans « La religion est-elle innée ? », le professeur de psychologie Vassilis SAROGLOU de l'Université catholique de Louvain, évoque aussi « l'existence de prédispositions génétiques à la religiosité ». Mais j'observe qu’elles ne s'actualisent que si elles sont exploitées par un milieu croyant. Il le reconnaît : « À côté de cette part génétique, les influences éducatives précoces décident en grande partie de l'orientation religieuse ou athée d'un enfant ».

A contrario, la croyance religieuse n'apparaît pas chez les enfants de parents athées, sauf influences religieuses ultérieures.

 

  1. « Liberté religieuse » ?

 

L'être humain est généralement persuadé qu'il dispose de son « absolue liberté de conscience », puisqu’elle est décrétée dans les Constitutions démocratiques, et donc aussi de son libre arbitre. Pourtant, du fait de nos nombreux déterminismes le plus souvent inconscients (héréditaires, hormonaux, éducatifs, culturels, religieux, idéologiques, sociaux, politiques, etc.), nous sommes moins libres que nous ne le pensons, notre amour-propre ou notre orgueil dussent-ils en souffrir.

Le neurobiologiste Henri LABORIT, l'avait bien compris, écrivant, dans « Éloge de la Fuite » :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ».

 

Répondant à Jacques LANGUIRAND, de Radio Canada, il ajoutait même :« Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ». Ou encore : « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change. » (dernière phrase du film, « Mon oncle d'Amérique » (1980), écrit par Alain RESNAIS.

 

  1. La foi : un choix vraiment libre ?

 

Le professeur Vassilis SAROGLOU écrit : « Le fait d'avoir la foi (...)n'est pas tellement, d'un point de vue statistique, une question de choix. C'est plutôt une question de continuité ou d'assimilation de tout le bagage mental ou affectif que l'on a reçu par le biais de la socialisation, qu'il s'agisse de croyance, de pratique, d'émotion ou de valeurs ».

Et pour cause : dans nos pays démocratiques, «la liberté constitutionnelle de conscience et de religion » me paraît plus théorique et symbolique qu’effective, parce que l’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers :

 

Elle l'est d’abord par l’imprégnation d’une éducation religieuse familiale précoce (facile : le tout jeune enfant est déjà naturellement animiste), éducation forcément affective puisque fondée sur l'exemple et la confiance totale envers les parents. Bien qu’unilatérale et en l’absence d’esprit critique à cet âge, cette influence est légitime, mais à mes yeux préjudiciable …

 

Elle l’est ensuite parce que, confortée par celle d’un milieu scolaire, surtout s’il est confessionnel, identitaire et plus tard communautariste, elle impose, fût-ce à des degrés divers et autant qu’il est encore possible, la soumission à un dieu, à un prophète, à des livres « sacrés », et qu’elle occulte volontairement les alternatives non confessionnelles de l'humanisme laïque, lequel développe au contraire notamment l'autonomie de la conscience morale, l’esprit critique, la responsabilité individuelle, la découverte et à l'acceptation de la différence de l'autre (ce qui est ma conception de la tolérance).

 

À mes yeux, l’Histoire confirme d'ailleurs abondamment la piètre aptitude de toutes les religions et  idéologies politiques à développer une conscience morale autonome, le respect de la dignité humaine et celui des valeurs humanistes de la « Déclaration Universelle des Droits Humains » de 1948. Par contre, elle me semble témoigner abondamment de leur remarquable aptitude à inciter, dès l’enfance, à la soumission à un dieu, à un prophète, à un texte « sacré », ou à un dictateur ...

 

Je pense même que l'absence totale de respect de la vie humaine du léninisme, du stalinisme et du nazisme, bien qu'ils ne soient que partiellement comparables, n'est pas due à leur idéologie politique soi-disant « athée » (puisque l'athéisme est seulement une option philosophique rationnelle), mais qu'elle résulte de la croyance religieuse initiale des « dominants » que furent Lénine, Staline, Hitler, et de celle des « dominés » qu'ils ont d'autant plus facilement endoctrinés que la soumission religieuse initiale a constitué un terreau favorable à leur soumission idéologique et politique.

 

 Origine psychologique, éducative et culturelle de la foi.

 

Les influences religieuses précoces, familiales, éducatives et culturelles, bref la transmission des « mèmes » religieux qui sont à l’origine de la foi avaient déjà été pressenties et dénoncées par HELVETIUS dans :« De l’homme posthume », 1773). Jean ROSTAND le cite en 1952 : « Ce qui est remarquable dans ce livre d'Helvétius, c'est la manière dont il explique comment les petits évènements de la vie infantile, et, notamment, les facteurs affectifs du milieu familial, peuvent entraîner une différenciation profonde des caractères et des intelligences. Il se montre là indubitablement un précurseur des conceptions freudiennes ».

 

Ces influences religieuses précoces sont à présent reconnues si déterminantes qu’elles ne sont plus du tout contestées par les psychologues, même religieux (j’en citerai plusieurs). Elles permettent d’ailleurs de comprendre, au moins partiellement, la persistance de la foi à l’âge adulte. Mais comment interpréter le fait qu’à notre époque, même si l’athéisme progresse lentement un peu partout, sept milliards au moins d’humains adultes, dont d’éminents scientifiques, restent croyants ou au moins déistes, totalement imperméables aux arguments rationnels et scientifiques à l’égard par exemple de la « Création » ?

 

C’est bien sûr d’abord parce que, dans les pays non intellectualisés, marqués par des croyances ancestrales ou par les évangélisateurs catholiques, ces arguments sont inexistants. De fait, toutes les religions les ont toujours volontairement occultés, de même que la découverte des options philosophiques non confessionnelles. En l’absence d’un choix libre et éclairé, la « liberté de religion », bien qu’inscrite dans les Constitutions démocratiques, me paraît plus symbolique qu’effective …

 

Je m’explique ainsi que, même dans les pays intellectualisés, innombrables sont encore ceux pour qui « il n’y a pas d’effets sans cause, et il doit donc bien y avoir une cause au merveilleux ordonnancement de la nature, donc quelque chose d’un autre ordre, d’un autre niveau, qui dépasse notre faible entendement » etc… Cette croyance déiste en une « Intelligence Supérieure », en un « Grand Architecte de l’Univers » ou celle en un « Dessein Intelligent », substitut subtil du créationnisme, est certes légitime mais me paraît tout aussi subjective et imaginaire que la foi.

 

En effet, toutes ces croyances ont en commun celle, d’un « commencement », anthropomorphique, y compris de l’Univers, contestable, à mes yeux, en regard de la constatation, généralisable, de LAVOISIER : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ».

Pourtant, à mon humble avis, une découverte neurophysiologique, apparemment non exploitée, pourrait peut-être constituer une hypothèse explicative pertinente et complémentaire de la fréquente persistance de la foi. J’y reviendrai.

Les contributions de psychologues et de pédiatres.

 

En 1966 déjà, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté, dans « Psychologie religieuse », sans doute à son grand dam, qu'en l’absence d’éducation religieuse (je résume), la foi n’apparaît pas et que la religiosité à l’âge adulte en dépend (donc aussi l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, « agrandi, substitutif » et anthropomorphe, mais qu'il qualifiait d' «authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre ».

 

Ainsi, page 294 :

 « La disponibilité religieuse de l’enfant ne prend forme qu’à la condition d’avoir été précocement éduquée. Toutes les observations l’ont confirmé : l’influence des parents est le facteur le plus décisif dans la formation des attitudes religieuses. (…) Les gestes et le langage religieux des parents, la célébration des fêtes religieuses marquent de façon indélébile les souvenirs d’enfance de nombreux adultes, et déterminent leurs sentiments d’appartenance religieuse. (…). L’extraordinaire permanence des attitudes religieuses, que de nombreuses enquêtes ont mis en lumière, s’explique certainement par l’influence prépondérante de l’éducation familiale. » (…).

 

Son successeur actuel, Vassilis SAROGLOU, le confirme : « Le fait d'avoir eu des parents religieux et d'avoir reçu une éducation religieuse est le facteur le plus important pour déterminer les probabilités d'être, de rester ou de redevenir soi-même croyant, que ce soit à l'adolescence ou ultérieurement à l'âge adulte ».

 

La pédiatre Catherine GUEGUEN, sans pour autant évoquer les influences religieuses, le confirme :

 ● « L’enfant : cerveau fragile, immature, malléable, vulnérable, une éponge … ».

« Les expériences affectives que va vivre l’enfant vont modifier le développement

de son cerveau, son comportement, l’expression de ses émotions et sa santé physique ».

« Le développement du cerveau de l’enfant se fait surtout les 5 premières années,

sous la dépendance de processus génétiques et environnementaux ».

● « L’enfant est extrêmement influencé par les adultes autour de lui, il apprend via

les neurones miroirs (imitation) ».

 ●Amygdale cérébrale (centre de la peur) : parfaitement mâture dès la naissance, elle

déclenche la sécrétion des molécules de stress et stocke des souvenirs inconscients

chez le petit qui continuent à agir chez l’adulte».

 

Idéalement, c’est à l’adolescence que chacun devrait pouvoir se forger ses options fondamentales, ses « vérités » personnelles, partielles et provisoires au contact de celles des autres, en connaissance de cause et aussi librement que possible. Je considère dès lors qu’imposer une soumission totale à un jeune enfant, fût-ce « de bonne foi », constitue un crime contre l’esprit (exemple extrême : des parents musulmans imposent à leur tout jeune enfant d’apprendre le Coran par cœur, sans même savoir lire). Heureusement, de nos jours, du moins dans la plupart des pays européens, de plus en plus de parents croyants s'abstiennent enfin d'imposer leur religion à leurs enfants, qui y seraient d'ailleurs le plus souvent rétifs. Ce n'est hélas pas encore le cas des parents évangéliques et musulmans ...

 

 Interprétation « neurophysiologique ».

 

La « littérature » ne me semble pas tenir compte d’une importante découverte neurophysiologique :  si les hippocampes (centres de la mémoire cognitive) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans (on n’a aucun souvenir avant 4 ou 5 ans), les amygdales (du cerveau émotionnel), centres de la peur, elles, sont déjà matures dès la naissance, voire in utero, et donc déjà capables de stocker inconsciemment le souvenir d'événements à forte charge affective ou des souvenirs émotionnels tels que, par exemple, l'atmosphère « envoûtante » d'une église, les prières et autres comportements religieux des parents,  leurs inquiétudes métaphysiques, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur et de l'aire de Broca.

 

Ces « traces » neuronales, appelées « engrammes », sont indélébiles et se renforcent par la plasticité neuronale et par l'épigénétique au fur et à mesure de la répétition des expériences religieuses, ou méditatives des bouddhistes, de la même manière que se renforce le cortex moteur régissant les doigts d’un pianiste, par exemple.

Les observations psycho-neurophysiologiques suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal notamment, et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieur s’en trouvent inconsciemment « anesthésiés » à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect ultérieurs, du moins en matière de foi.

Même André COMTE-SPONVILLE se dit « athée fidèle » à sa croyance enfantine aux « valeurs chrétiennes », telles que « l'amour du prochain ». « Si je suis athée, c’est aussi parce que je préférerais que Dieu existe » !

 

Les conversions religieuses.

 

Dans cette optique, les conversions religieuses, mais aussi la « Révélation », me semblent au moins partiellement explicables. Lorsqu’on bascule de l’incroyance vers la croyance, ou d’une forme de croyance à une autre, il se produit en un instant une augmentation de l'activité du noyau caudé notamment et un bouleversement d’hormones et de neurotransmetteurs, un peu comme, mutatis mutandis, dans le cas du coup de foudre amoureux …

 

Je m’explique par exemple, la conversion de Paul CLAUDEL en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris le 25 décembre1886. Malgré sa brillante intelligence, il ignorait forcément à cette époque que l’environnement sensoriel (le gigantisme, le décorum des cathédrales, le son écrasant des grandes orgues, les chants des choristes, l’odeur d’encens, la génuflexion…) avait affecté ses cinq sens et provoqué en lui un bouleversement psychophysiologique d'hormones et de neurotransmetteurs, au niveau notamment de la production de la phényléthylamine, de l’ocytocine, de la sérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel : « En un instant, mon coeur fut touché, et je crus ». Ce n’est d’ailleurs pas surprenant puisque les sensibilités poétique, musicale, religieuse, ont des « localisations » voisines, ce qui facilite les interactions.

 

 Les exemples de « hapax existentiel » (cf  Michel ONFRAY), c'est-à-dire de circonstances exceptionnelles laissant des traces physiologiques et psychologiques indélébiles, sont très nombreux : par exemple, la conversion du docteur Alexis CARREL, (prix Nobel mais ensuite eugéniste en 1933). Il avait perdu la foi pendant ses études, et l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle du romancier Eric-Emmanuel SCHMITT, à 29 ans, perdu sous le firmament glacial du Sahara (même lorsqu’on est issu comme lui d’une famille incroyante, l’influence inconsciente de deux mille ans de judéo-christianisme se réveille chez certains incroyants en danger de mort, notamment).

 

Autre exemple célèbre de conversion : le « pari de Pascal » !  Je ne sais plus qui a écrit :

« Ce philosophe, lors de la « nuit du Mémorial » du 23 novembre 1654, connut aussi un état d'exaltation extrême et il nota sur un papier ses sensations, ses émotions, et les sentiments que lui inspirèrent ces minutes d'une telle densité. Le texte s'acheva sur ces mots : « Joie, joie, joie, pleurs de joie » : Pascal connut ce soir-là un authentique ébranlement physiologique dont il ressortira   métamorphosé ».

 

Une conclusion ?

 

Je condamne toutes les religions en fonction de la soumission qu'elles imposent, certes à des degrés divers mais totale dans le cas de l'islam, ainsi que le prosélytisme, surtout catholique et évangélique, car il occulte malhonnêtement la découverte des options philosophiques non confessionnelles.

Mais que je respecte les croyants (sauf les fanatiques) qui en sont les victimes involontaires, et ce d’autant plus s’ils ont eu la possibilité, idéalement à l’adolescence, de choisir entre croire OU de ne pas croire, en connaissance de cause et aussi librement que possible.

 

J'estime en effet que les croyances religieuses resteront toujours légitimes et respectables, a fortiori tant que l’on n’aura pas pris conscience de la malléabilité et de la vulnérabilité du jeune cerveau humain, et aussi du fait de l'impossibilité, pour les moins que centenaires que nous sommes, d’imaginer une durée aussi colossale que des centaines de millions d’années, et donc son influence sur les mécanismes évolutifs et adaptatifs qui se sont succédés jusqu'au cerveau humain.

 

Néanmoins, j'estime que la pire conséquence de son évolution a été la capacité d'imaginer des dieux protecteurs et antagonistes, à l'origine de l'intolérance et de la plupart des guerres. Et puisque les dieux n'ont jamais donné le moindre indice de leur existence concrète et donc objective, ils n'ont donc, selon moi, qu'une existence subjective, imaginaire et dès lors illusoire. Et encore, je le répète : seulement à la suite d'une éducation religieuse précoce confortée par un milieu croyant unilatéral.

 

Il est vrai que, dans cette optique restrictive, « tout le reste » (les religions, la théologie, les livres « saints », etc. « n’est plus que littérature » et n’a plus d’intérêt que pour l’histoire des croyances et l’évolution de la pensée … Pire : cela ne répond pas au besoin d’espérance, d’appartenance à une communauté, aux inquiétudes métaphysiques des croyants, etc. …

 

Puisse donc l’humanisme laïque, par définition non prosélyte, s’orienter dans quelques décennies ( ? ) vers un système éducatif qui développerait, pour le plus grand nombre, l’esprit critique et une force intérieure qui immuniserait dès l’enfance contre les inquiétudes métaphysiques, devenues de nos jours infondées car imaginaires (jusqu’à preuve du contraire), ainsi que contre toute transcendance donnant certes un sens à l’existence, mais qui n’est pas celui que chacun a le droit de donner à la sienne … Cette libération, cet affranchissement peut notamment avoir lieu par le rire, car « le rire tue la peur, et sans la peur il n’est pas de foi » » (repris par Pierre KROLL, inspiré par Umberto ECO, dans « Le nom de la rose ». Ce qui me semble impératif aussi, c’est de développer, idéalement partout et dès le plus jeune âge, le RESPECT à tous égards, ainsi que la découverte d’une spiritualité laïque … Dans un siècle peut-être ? Utopie sans doute …

 

Dois-je ajouter que je ne cherche pas, malgré les apparences, à convaincre que mon point de vue d’athée soit plus pertinent que celui d’un croyant, d’autant moins que ce dernier préfère souvent, surtout après l’âge de 25 ans environ, ne pas risquer de se déstabiliser dans ses certitudes ou de se décrédibiliser. Je cherche au contraire à susciter des réactions susceptibles d'infirmer la validité de mes hypothèses explicatives, même si elles me semblent être partiellement confortées notamment par l'Israélien Yuval Noah HARARI dans « Sapiens » 2015 et dans « Homo Deus » 2017, ou par Vitaly MALKIN dans « Illusions dangereuses ») 2018, ou encore par Thierry RIPOLL dans « De l'esprit au cerveau » (2018).

 

Par contre, pour Boris CYRULNIK, qui dit et semble s'en réjouir : « l'aspect magique revient ».

Il estime que la « Psychothérapie de Dieu » « (2017) (en fait :« par » Dieu ?) « nous aide à affronter les souffrances de l'existence et à mieux profiter du simple bonheur d'être », sans même évoquer les alternatives offertes, hélas trop modestement, par l'humanisme laïque et par la morale laïque ...

 

Alors, « à chacun sa « vérité » ? Je ne le pense pas : en regard des valeurs humanistes universalisables, parce que bénéfiques à tous et partout, j’estime que toutes les « vérités » ne se valent pas ...

 

Michel THYS à Ittre (Belgique).

michel.thys357@gmail.com

 

Quelques références bibliographiques, dans le plus grand désordre alphabétique et chronologique :

 

- Le Grand Larousse du cerveau (2010).

- Dictionnaire de Psychologie et psychopathologie des religions (2013) Gumpper & Rausky.

- Nadia GEERTS : « La neutralité n'est pas neutre ». La Muette 2012.

- André COMTE-SPONVILLE : « L'esprit de l'athéisme ». Albin Michel 2006.

- Baudouin DECHARNEUX : La religion existe-t-elle ? » (Essai sur une idée prétendument universelle). Ed. L'Académie en poche, 2012.

- Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Richard DAWKINS : « Pour en finir avec dieu », R. Laffont 2008

- Marcel BOLLE de BAL & Vincent HANSSENS « Le croyant et le mécréant ».Mols 2008.

- Sigmund FREUD : « L'avenir d'une illusion » PUF 1948.

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966, professeur    émérite à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D :

  Religion et développement humain ». 2001.

- Vassilis SAROGLOU, dans Cerveau et Psycho n° 40 : « La religion est-elle innée ? ».

- Dr Catherine GUEGUEN, pédiatre : Le cerveau de l’enfant (extraits de conférences)

- Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007, et avec       Jules FERRY : « Qu'est-ce que l'homme ? » Odile Jacob, août 2001.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994.

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison ».

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens », « Eloge de la fuite » Laffont 1976,« Dieu ne joue pas aux dés ». Grasset 1987.

- Laurène VUILLAUME, Émile CASPA, Axel CLEEREMANS : Les bases neurales du sentiment   religieux » 2017.

- Dr Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain », « Un saut quantique de la conscience pour se libérer enfin de l'idéologie matérialiste » (!) (2018).

- Dr Jean-Jacques CHARBONIER « La vie après la mort ».

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain 

  by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. MacLEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Émotion, mémoire et cerveau » 1994

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Michel ONFRAY : « Athéologie », « Contre-histoire de la philosophie ».En Poche 2009.

- Danielle HERVIEU-LEGER : « La religion en miettes ou la question des sectes ».

 Calman-Lévy 2001.

- Noël RIXHON, ancien prêtre athée : « L'absence d'être de Dieu ». 2006, « Le curé Meslier : Dieu    n'est pas », « Conscience athée » 2013, où je suis cité en annexe.

- Gabriel RINGLET, ancien vice et pro-recteur de l'UCL : « L'évangile d'un libre-penseur ».

- Michel de PRACONTAL : « L'imposture scientifique en dix leçons » Ed. du Seuil 2005.

- Alvin PLANTINGA (théiste) : « Warrant and Proper Function » (1993).

- Yuval Noah HARARI : « Sapiens » (2015) et Homo Deus » (2017). Albin Michel.

- Vitaly MALKIN : Illusions dangereuses ». (chez Herman). (2018).

- Boris CYRULNIK : Psychothérapie de Dieu » (2017).

- Thierry RIPOLL : « De l'esprit au cerveau » Éditions Sciences Humaines 2018.

- Luc NEFONTAINE : notamment « La Franc-maçonnerie : une fraternité révélée », 2008, « Hérésie, mode d'emploi » 2016, etc.

- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». etc.

 

 

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 20:26

Pas d'accord ...

... avec Jean-Louis BIANCO, président de l'Observatoire de la laïcité et ancien secrétaire général de l'Élysée de François Mitterrand ...

Pour lui,« la laïcité, c'est la liberté de porter le voile ou de ne pas le porter (...), c'est la liberté de croire ou de ne pas croire » ! C'est ainsi qu'il a conclu son intervention le 17 novembre 2016 à Lyon dans le cadre d'une journée d'étude dédiée à "la jeunesse et la laïcité" et destinée aux professionnels de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.

Pour lui, la laïcité est « un principe d'organisation qui s'appuie sur trois piliers :"la liberté, la liberté de croire ou de ne pas croire, et de manifester ses opinions - mêmes religieuses dit la déclaration des droits de l'homme - pourvu qu'on ne trouble pas l'ordre public. Deuxièmement c'est la neutralité, l'indépendance de l'État et des agents publics par rapport à toute loi religieuse. Troisièmement, c'est la citoyenneté. Nous sommes avec nos différences, qui sont une source de richesses, mais ces différences sont rassemblées dans notre citoyenneté, hommes et femmes, à égalité de droits et de devoirs."

Certes, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme stipule, en son article 9 (cf déjà l'art.18de la DUDH de 1948 et en 1789), que « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, etc ». Hélas, ces libertés sont plus symboliques qu'effectives, parce que toutes les religions les occultent autant que possible, et même totalement dans le cas de l'islam ...

Monsieur BIANCO n'a pas compris que la liberté, quelle qu'elle soit, ne se décrète pas, ne se proclame pas, car elle n'est pas innée : au contraire, elle s'acquiert par une éducation développant le sens critique, l'autonomie, la responsabilité individuelle, les valeurs humanistes, etc.

Mais l'État, du fait de sa conception laxiste et électoraliste de la tolérance et et de la neutralité, favorise sans contrôle tout enseignement confessionnel, alors que la religion devrait être et rester une affaire privée qui n'a plus rien à faire à l'école.

Que ce soit en Belgique, en France ou ailleurs, il est inadmissible à mes yeux que l'enseignement confessionnel soit encore dispensé de respecter les lois et décrets votés démocratiquement. La loi de 1905 n'est évidemment plus suffisante et doit être adaptée à notre époque !

Sans se faire juge des croyances ou des pratiques religieuses, l'État doit en effet favoriser l'émergence des libertés pour tous, et non tolérer les obscurantismes qui foulent aux pieds les droits des personnes. Les musulmans n'ont pas que des droits; ils ont aussi un devoir d'intégration.

La « neutralité , deuxième pilier » de la laïcité ? Mais, comme l'a écrit Nadia GEERTS dans le cas des enseignants : « La neutralité n'est pas neutre ! » (Editions Le Bord de l'Eau, 2012). Je la cite :

« Fêtes religieuses, contestations de contenus scientifiques ou autres, refus de participation à des activités scolaires, prescrits alimentaires, racisme, sexisme, prosélytisme, repli communautaire ou assignation identitaire : autant de problèmes auxquels l'enseignant se trouve confronté tôt ou tard, que ce soit en préscolaire, en primaire ou en secondaire ». (...) « Comment agir et réagir de manière neutre face à des élèves et des parents qui ne le sont pas et n'ont pas à l'être ? Quelle attitude adopter, en particulier, devant l'intrusion du culturel et du religieux dans la sphère scolaire ? Comment éviter le double piège du relativisme absolu de celui qui refuse de rien imposer et de l'impérialisme de celui qui tient son seul point de vue pour valable ? ».

Le « troisième pilier, la citoyenneté ? ». Certes, « nos différences sont une source de richesse », mais tout est fait actuellement pour favoriser le communautarisme, le repli sur soi, le rejet de la différence de l'autre, l'intolérance, etc . Cela durera sans doute tant que les enfants et adolescents resteront séparés à l'école par les différences religieuses ou idéologiques, et tant que les parents, bien que sincères et de bonne foi, auront le « droit légal » de leur imposer précocement leur religion et la soumission qu'elle implique, au détriment de leur autonomie et de leur libre-arbitre ultérieur. L'État devrait avoir le droit de compenser les influences familiales unilatérales, communautaristes, voire machistes et obscurantistes de certaines familles ... Monsieur BIANCO reconnaît, avec raison, qu'il importe de « protéger les enfants, dont la conscience est en formation, des pressions polémiques, politiques », mais il ne mentionne évidemment pas les pressions religieuses ... ! En 2013, il s'était déjà fait remonter les bretelles par le Grand Maître du GODF ...

 

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 15:07

Voici ma réponse à : 

https://theconversation.com/education-au-fait-religieux-ou-en-est-on-65761

Bonjour,

Puis-je exprimer un autre point de vue ? Certes, un minimum de culture religieuse, adapté à chaque âge, est indispensable lors d'un cours d'Histoire ou de philosophie (la Trinité n'est pas qu'une station de métro !). Mais est-ce suffisant ? «Partir des textes et des oeuvres pour approcher le religieux », n'est-ce pas favoriser hypocritement le prosélytisme des religions lorsqu'elles sont en perte de vitesse ? 

N'est-il pas plus important de faire découvrir ce que toutes les religions ont en commun depuis toujours, fût-ce à des degrés divers : la soumission (totale dans le cas de l'islam) à un dieu, à des textes « sacrés », etc., ce qui, au-delà des influences idéologies, induit l'intolérance, le communautarisme, les violences, etc ?

N'est-il pas au contraire impératif de développer chez le plus d'adolescents possible l'esprit critique, l'autonomie, la responsabilité individuelle, l'acceptation de la différence de l'autre , etc ?

N'est-il pas plus honnête, intellectuellement et moralement, de les amener à se demander si les dieux, objectivement absents depuis toujours, ont une existence réelle ou seulement psychologique, subjective et imaginaire, à la suite d'une éducation religieuse précoce et d'un milieu culturel unilatéralement religieux ?

N'est-il pas plus pertinent de leur faire prendre conscience de l'influence que des centaines de millions d'années ont eue sur l'évolution des espèces animales et végétales, ce qui exclurait enfin le recours antiscientifique au créationnisme ?

Les jeunes pourraient alors choisir, aussi librement que possible et en connaissance de cause, de croire OU de ne pas croire ... Ce n'est hélas pas le cas dans des pays pourtant intellectualisés comme les USA notamment : les Américains restent croyants ou déistes à près de 95 % parce que les options non confessionnelles leur ont été occultées !

Comment expliquer leur fréquente imperméabilité aux arguments rationnels et scientifiques ? Il est actuellement acquis que, dès l'âge de 3 ans, les influences à forte charge affective, imprègnent le plus souvent de manière indélébile les amygdales du cerveau émotionnel, puis rationnel, indépendamment de l'intelligence et de l'intellect ultérieurs, et qu'elles se renforcent au fur et à mesure des expériences religieuses. Régis Debray ne semble jamais s'être intéressé à cette approche contemporaine, psycho-neuro-physiologique ...

Enfin, il serait temps, à mes yeux, de remettre en question notre conception obsolète, laxiste et électoraliste de la tolérance et de la neutralité, lorsqu'elle favorise paradoxalement les revendications inspirées par des prescrits religieux.

 http://originedelafoi.eklablog.com/-a126973612

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 17:02

 Une approche inhabituelle « neuroscientifique » 

du phénomène religieux.

Michel THYS (17 février 2014).

 

Introduction.

Sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-éducatifs et culturels, n’est-il pas légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique, historique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) en prenant en compte les découvertes des neurosciences, aussi balbutiantes soient-elles encore (et donc le plus souvent ignorées par la plupart des philosophes actuels ...) ?

 

Entendons-nous bien cependant : ni les neurosciences, ni les sciences humaines, dont la psychologie, ne prétendent évidemment démontrer l’inexistence de « Dieu », puisque, par définition, aucune inexistence n'est démontrable (sauf en mathématiques). Mais leurs observations confirment celles des sociologues, par exemple la très fréquente corrélation entre un milieu croyant unilatéral et la persistance de la foi.

 

N'est-il pas dès lors légitime que certains concluent (philosophiquement et jusqu'à preuve du contraire), à l'origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle de la foi, à sa fréquente persistance neuronale et donc à l'existence seulement subjective, imaginaire et illusoire de Dieu ? Tout le reste, il est vrai, (les "Livres saints », la théologie, les exégèses, etc.) ne serait plus alors que « littérature ». Mais il va de soi que dans ce cas, la foi resterait toujours légitime et d'autant plus respectable à mes yeux, qu'elle aura été choisie après avoir eu connaissance des options non confessionnelles.

 

Passons sur les observations bien qu'instructives a contrario, de certains neurophysiologistes croyants, notamment canadiens, tels que Mario BEAUREGARD qui, financés par la très chrétienne Fondation Templeton, ont tenté de démontrer « scientifiquement » l'existence de Dieu (qu'ils présupposent donc par "pétition de principe"!) en recherchant dans le lobe temporal « l'antenne », qu'« Il » y aurait placée pour recevoir sa « Révélation » : en vain, bien évidemment ! En effet, du fait des interconnexions constantes et éminemment complexes entre le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel (selon le schéma simplifié mais pédagogique de McLEAN), c'est évidemment tout le cerveau qui est concerné (cf SAVER & RABIN), même si l'émotionnel prédomine chez un croyant.

 

Homo religiosus ?

C'est sans doute en raison de sa faiblesse corporelle que l'homo sapiens s'est redressé il y a quelque 100.000 ans, et que la sélection naturelle, grâce l'acquisition du langage, a lentement hypertrophié son néo-cortex pré-frontal, le rendant alors capable il y a environ 50.000 ans d’imaginer d'abord des « esprits » (d'où l'animisme, le chamanisme, ...), puis un nouveau « mécanisme de défense » : le recours à des dieux protecteurs et anthropomorphes (plus tard à un seul), dont il tentait d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices. Cela a laissé des traces de nos jours ... !

 

Michel de PRACONTAL écrit d'ailleurs dans « L'imposture scientifique en dix leçons » (2005), page 141 : « La pensée magique n'a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu'il s'agit d'un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n'a rien de naturel, c'est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L'éternel « retour de l'irrationnel » n'est en fait que la manifestation récurrente d'une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ».

 

Dans « La religion est-elle innée ? », le professeur de psychologie Vassilis SAROGLOU de l'Université catholique de Louvain, évoque « l'existence de prédispositions génétiques à la religiosité ».
Il faut nuancer : comme tous les mammifères, l'être humain possède un cerveau reptilien, génétiquement « programmé » par l'évolution pour réagir aux dangers. Il y a donc bien chez lui une composante irrationnelle et atavique, une prédisposition ancestrale à la croyance, MAIS elle ne s'actualise qu'au sein d'un environnement croyant unilatéral, à la fois éducatif et culturel, qui la conforte et la renforce.

 

Toutes les religions l'ont bien compris en apportant depuis toujours des réponses immédiates et sécurisantes qui s'adressent évidemment au cerveau émotionnel. La preuve a contrario, c'est que les enfants de parents athées ne deviennent jamais croyants, sauf influences extérieues unilatérales. C'est flagrant notamment aux USA où la croyance, théiste ou déiste, est majoritaire (à plus de 90 %), essentiellement parce que les alternatives de l'humanisme laïque y sont totalement occultées par les religions.

 

Vassilis SAROGLOU reconnaît d'ailleurs qu'« à côté de cette part génétique, les influences éducatives précoces décident en grande partie de l'orientation religieuse ou athée d'un enfant ». Après l'âge de 30 ans, ce ne sont pas, comme il l'écrit, « les influences génétiques, tant sur la personnalité que sur la religiosité, qui se renforcent ». Au contraire, selon moi, ce qui se renforce, c'est la difficulté, voire l'impossibilité d'encore remettre en question ses certitudes religieuses, par crainte de se déstabiliser et de se « décrédibiliser ».

 

 

La soumission.

La soumission serait non seulement acquise mais génétique, comme l’avait pressenti Desmond MORRIS en 1968, dans « Le Singe Nu » (avec la notion de «dominant/dominé»), et comme l'estime Richard DAWKINS, pour qui, déjà du temps des premiers hominidés, le jeune enfant n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau (tout à fait immature) de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … ?)

 

Toutes les religions sont donc fondées, à des degrés divers, sur la soumission à un dieu, à un prophète et à un livre « sacré », qui s'excluent les uns les autres. À cause de leur prétention à détenir chacune LA Vérité et LE Vrai dieu, les religions m’apparaissent donc comme à l’origine de toutes les intolérances et de la plupart des guerres. Hier comme aujourd’hui. L'Histoire confirme d'ailleurs abondamment la piètre aptitude des religions et des idéologies politiques à développer une conscience morale autonome et le respect de la dignité humaine. Elle témoigne au contraire de leur remarquable aptitude à inciter, dès l’enfance, à la soumission, quelle qu'elle soit. Je pense même que l'absence totale de respect de la vie humaine du nazisme et du stalinisme, notamment, n'est pas due à leur idéologie politique soi-disant athée, mais à la croyance religieuse initiale, aussi bien celle des « dominants » Hitler ou Staline, que celle des dominés qu'ils ont facilement endoctrinés, la soumission religieuse ayant constitué un terreau favorable à leur soumission idéologique et à leur croyance en une prétendue « supériorité aryenne ».

 

« Liberté religieuse » ?

Du fait de nos nombreux déterminismes (héréditaires, hormonaux, éducatifs, culturels, religieux, idéologiques, sociaux, politiques, etc...), notre orgueil dût-il en souffrir, nous sommes moins libres que nous ne le pensons. Henri LABORIT, l’avait bien compris dans « Eloge de la Fuite », page 59 :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». Répondant à Jacques LANGUIRAND, à Radio Canada, il disait :« Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ». Ou encore : « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change » (dernière phrase du film, « Mon oncle d'Amérique » (1980), écrit par Alain RESNAIS.

 

La foi : un choix vraiment libre ?

Vassilis SAROGLOU écrit : « Le fait d'avoir la foi (...)n'est pas tellement, d'un point de vue statistique, une question de choix. C'est plutôt une question de continuité ou d'assimilation de tout le bagage mental ou affectif que l'on a reçu par le biais de la socialisation, qu'il s'agisse de croyance, de pratique, d'émotion ou de valeurs ».

Et pour cause : dans nos pays démocratiques, «la liberté constitutionnelle de conscience et de religion» me paraît plus théorique et symbolique qu’effective, parce que l’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers. Elle l'est d’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce (le tout jeune enfant est déjà naturellement animiste), éducation forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence certes légitime mais unilatérale, identitaire et communautariste). Elle l'est ensuite par l’influence d’un milieu éducatif croyant occultant volontairement toute alternative humaniste, rationnelle, philosophiquement laïque et non aliénante. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 % : la soumission à tous points de vue y est en effet totale (cf. le très grand nombre de musulmanes voilées), comme dans les sectes, et à un degré moindre dans le judaïsme, le protestantisme évangélique, la religion orthodoxe, le catholicisme, le protestantisme libéral et le bouddhisme.

 

Origine psychologique, éducative et culturelle de la foi.

Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté, dans « Psychologie religieuse », sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas (les parents incroyants en témoignent a contrario), et que la religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, « agrandi, substitutif » et anthropomorphique, fût-il qualifié d'«authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre ». Ainsi, page 294 :

 

« La disponibilité religieuse de l’enfant ne prend forme qu’à la condition d’avoir été précocement éduquée. Toutes les observations l’ont confirmé : l’influence des parents est le facteur le plus décisif dans la formation des attitudes religieuses.(…) Les gestes et le langage religieux des parents, la célébration des fêtes religieuses marquent de façon indélébile les souvenirs d’enfance de nombreux adultes, et déterminent leurs sentiments d’appartenance religieuse. (…). L’extraordinaire permanence des attitudes religieuses, que de nombreuses enquêtes ont mis en lumière, s’explique certainement par l’influence prépondérante de l’éducation familiale.»(…).
Son successeur actuel, Vassilis SAROGLOU, le confirme : « Le fait d'avoir eu des parents religieux et d'avoir reçu une éducation religieuse est le facteur le plus important pour déterminer les probabilités d'être, de rester ou de redevenir soi-même croyant, que ce soit à l'adolescence ou ultérieurement à l'âge adulte ».

 

Interprétation « neurophysiologique ».

Comment expliquer la fréquente persistance de la sensibilité religieuse ou déiste ?

Les neurosciences tendent, me semble-t-il, à confirmer son imprégnation neuronale : des neurophysiologistes ont en effet constaté que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker inconsciemment le souvenir d'événements à forte charge affective ou des souvenirs émotionnels tels que, par exemple, l'atmosphère « envoûtante » d'une église, les prières et autres comportements religieux des parents, voire leurs inquiétudes métaphysiques, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur.

Ces « traces » neuronales, appelées « engrammes », sont indélébiles, et se renforcent par plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses.

 

Les observations par IRM fonctionnelle et par tomographie à émission de positons suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal notamment, et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment « éteints », et donc « anesthésiés », à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi.
Même André COMTE-SPONVILLE se dit « athée fidèle » à sa croyance enfantine, ou du moins aux « valeurs chrétiennes », telles que « l'amour du prochain ».
Cela expliquerait a fortiori la fréquente imperméabilité de certains croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question (cf. le pasteur évangélique belge Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ». Donc aussi « Dieu », les dogmes, etc …

 

Les conversions religieuses.

Dans cette optique, les conversions religieuses, mais aussi la « Révélation », me semblent explicables. Lorsqu’on bascule de l’incroyance vers la croyance, ou d’une forme de croyance à une autre, il se produit en un instant un bouleversement d’hormones et de neurotransmetteurs, un peu comme, mutatis mutandis, dans le cas du coup de foudre amoureux …
Je m’explique par exemple, la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris le 25 décembre1886. Malgré sa brillante intelligence, il ignorait forcément à cette époque que l’environnement sensoriel (les grandes orgues, l’odeur d’encens, le décorum, la génuflexion…) avait provoqué en lui un bouleversement psychophysiologique, au niveau notamment de la production de la phényléthylamine, de l’ocytocine, de la sérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel, ce qui lui a fait retrouver la foi. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant puisque les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont des « localisations » voisines, ce qui facilite les interactions.

 

Les exemples de « hapax existentiel » (Michel ONFRAY), c'est-à-dire de circonstances exceptionnelles laissant des traces physiologiques et psychologiques indélébiles, sont très nombreux : par exemple, la conversion du docteur Alexis CARREL, prix Nobel, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT, à 29 ans, perdu sous le firmament glacial du Sahara (même lorsqu’on est issu comme lui d’une famille incroyante, l’influence inconsciente de deux mille ans de judéo-christianisme se réveille chez certains incroyants en danger de mort, notamment. Cf le « pari de Pascal ». Ce philosophe, lors de la « nuit du Mémorial » du 23 novembre 1654, connut aussi un état d'exaltation extrême et il nota sur un papier ses sensations, ses émotions, et les sentiments que lui inspirèrent ces minutes d'une telle densité. Le texte s'acheva sur ces mots : «Joie, joie, joie, pleurs de joie » : Pascal connut ce soir-là un authentique ébranlement physiologique dont il ressortira métamorphosé.

 

« La religion en miettes ».

Dans la plupart des pays européens intellectualisés, où les options non confessionnelles ont une chance d'être découvertes, la religiosité est en chute libre, d'abord parce qu’aucun dieu ne s’est jamais manifesté concrètement, mais aussi à cause de l'aspiration croissante à l'autonomie de la conscience, à la responsabilité individuelle et à la liberté de pensée. Certains cependant restent croyants, définitivement marqués par leur foi, ou déistes, définitivement déterministes et convaincus qu'il existe une « intelligence supérieure » qui a présidé à l' (apparente) harmonie de l'univers, à la prodigieuse variété des espèces animales et végétales, à l'extraordinaire complexité du vivant, du cerveau humain notamment, etc., et, ajouterai-je, parce qu'ils ne peuvent pas se représenter une durée aussi longue que des centaines de millions d'années et son influence sur l'évolution.

D'autres enfin se concoctent un amalgame de croyances ou de superstitions, telles que l'astrologie (cf « l'ouvrage « La religion en miettes » de la sociologue croyante Danielle HERVIEU-LEGER).


À moins évidemment de se faire harponner par les sectes, expertes en abus de faiblesse, en manipulation mentale, en dépersonnalisation et en captation de patrimoine ...

Du fait de la sécularisation et de la laïcisation croissantes, de plus en plus d’européens (et même quelques musulmans de chez nous) désertent donc les lieux de culte et tendent à privilégier l’autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle, plutôt que la traditionnelle soumission religieuse.

 

Réaction des religions.

Les religions réagissent évidemment par des tentatives de re-confessionnalisation des consciences, de réinvestissement médiatique de l’espace public (surtout depuis Jean-Paul II) et de re-cléricalisation de la politique notamment européenne (via par exemple l’ « Opus Dei »), tandis que les sectes spéculent sur la quête de sens qui subsiste (cf. les évangélistes américains, les mormons, les scientologues, les créationnistes, etc.).

Plutôt qu’un « retour du religieux », j’y vois de nouvelles «stratégies» religieuses qui exploitent à la fois la vulnérabilité du psychisme humain, l'actuelle conception « laïque » de la « tolérance » et de la « neutralité », ainsi que le laxisme de certains politiciens électoralistes qui concèdent de plus en plus de revendications inspirées par des prescrits religieux, notamment par la charia. Bien que les musulmans, dans leur immense majorité, soient modérés et pacifiques, l'islamisation progresse dans toutes les grandes villes lorsque le coran, la sunna, les hadiths, la charia, etc. sont pris à la lettre ...

 

Vers quelques conclusions pédagogiques et politiques ?
Préventivement, tout dépendra bien sûr de l'éducation donnée. N'est-il pas grand temps de freiner, dès « l'école pour tous », le communautarisme croissant, source d'intolérance, d'incompréhension de l'autre et de non acceptation de sa différence (tant qu'elle n'est pas terroriste !), et de viser concrètement un meilleur vivre ensemble ?
Le remplacement des cours de religion ET de morale laïque par un cours commun de philosophie, rassemblant enfin tous les enfants et adolescents, irait dans ce sens, mais tant que la liberté constitutionnelle permettra inconditionnellement la liberté d'enseignement (même islamique et donc dogmatique...) sans proposer d'alternatives et sans imposer des limites, l'école confessionnelle, notamment catholique, persistera dans son « projet pédagogique » évangélisateur, fût-il lénifié de nos jours ...

 

Pourtant, par simple honnêteté intellectuelle, chacun devrait pouvoir choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques (OU religieuses, puisque, je le répète, le droit de croire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée). Mais pour que les libertés de conscience et de religion, en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait, me semble-t-il, s’orienter enfin et dès que possible, politiquement et économiquement, vers la fusion des réseaux officiel et privé (dit « libre » en Belgique !).

 

 

Cela impliquerait un système éducatif « pluraliste » qui proposerait notamment, à tous et partout, une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses (ce qui ferait apparaître tôt ou tard leur point commun, à des degrés divers, évidemment occulté : la soumission à un dieu et à un texte « sacré »), ET sur les options laïques évidemment encore plus occultées : l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, la morale laïque, etc.(qui incitent au libre-examen, à l'esprit critique à tous égards, à l'autonomie de la conscience, à la responsabilité individuelle, au respect et à l'acceptation de l'autre.). Cela compenserait les influences religieuses familiales, certes légitimes mais unilatérales et communautaristes, ainsi que les inégalités socioculturelles résultant notamment de l'immigration.

 

Enfin, cela permettrait de rechercher des valeurs communes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de la dignité de l’homme, de le femme et de l’enfant, la liberté de pensée, de conscience et de religion, etc...

La religion est en effet une affaire privée qui n’a plus sa place à l’école, sauf lors d’un cours d’histoire ou de philosophie, parce qu’un minimum de culture religieuse, notamment artistique, fait partie de la culture générale. Dans cette optique, l’enseignement confessionnel, à quelque niveau que ce soit, m’apparaît comme élitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, intolérant, obsolète et donc inadapté à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions.

L’avènement d’une citoyenneté responsable, respectueuse de tous, me paraît à ce prix. Mais il faudra d'abord repenser les notions de «neutralité» de l’Etat et de «libre choix» des parents, lequel, quoi qu'ils en pensent, n’est pas prioritaire par rapport à « l’intérêt supérieur de l’enfant ».

 

Dans une ou deux générations, peut-être, lorsqu'on aura enfin compris, confirmé, diffusé et admis que la foi a une origine exclusivement éducative psychologique et culturelle et que les religions imprègnent malhonnêtement le cerveau émotionnel pour maintenir (autant que possible) leur mainmise sur les consciences.
Mais ce n'est là que mon point de vue d'athée, dont je ne prétends évidemment pas qu'il soit plus pertinent qu'un autre. Merci donc pour vos commentaires.

 

Cordialement,

Michel THYS à Ittre (Belgique).
michel.thys357@gmail.com

http://michel.thys.over-blog.org


Quelques références bibliographiques :

- Le Grand Larousse du cerveau (2010).

-Dictionnaire de Psychologie et psychopathologie des religions (2013) Gumpper & Rausky.

- Nadia GEERTS : « La neutralité n'est pas neutre ». La Muette 2012.

- André COMTE-SPONVILLE : « L'esprit de l'athéisme ». Albin Michel 2006.

- Baudouin DECHARNEUX : La religion existe-t-elle ? » (Essai sur une idée prétendument universelle). Ed. L'Académie en poche, 2012.

- Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Richard DAWKINS : « Pour en finir avec dieu », R. Laffont 2008.

- Marcel BOLLE de BAL & Vincent HANSSENS : »Le croyant et le mécréant ». Ed.Mols 2008.

- Sigmund FREUD : « L'avenir d'une illusion » PUF 1948.

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966.

professeur émérite à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D :

Religion et développement humain »,. 2001.

- Vassilis SAROGLOU, dans Cerveau et Psycho n° 40 : « La religion est-elle innée ? ».

- Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007, et avec Jules FERRY : « Qu'est-ce que l'homme ? »Odile Jacob, août 2001.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison ».

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens », « Eloge de la fuite » Laffont 1976,« Dieu ne joue pas aux dés ». Grasset 1987.

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain ».

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain

by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. MacLEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Michel ONFRAY : « Athéologie ».

- Danielle HERVIEU-LEGER : « La religion en miettes ou la question des sectes ». Calman-Lévy 2001. ,

- Noël RIXHON, ancien prêtre athée : « L'absence d'être de Dieu ». (Soc. des Ecrivains 2006), « Conscience athée », « Le curé Meslier : Dieu n'est pas ».

- Gabriel RINGLET, ancien vice et pro-recteur de l'UCL,, : « L'évangile d'un libre-penseur ».

- Michel de PRACONTAL : « L'imposture scientifique en dix leçons » Ed. Du Seuil 2005. - Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». etc.

 

 

 

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 09:47

Bonjour Monsieur JOIN-LAMBERT, 


Je me permets de vous écrire à la suite de l'émission « Et dieu dans tout ça ? » de la RTBF, le 2 décembre 2012.

Si, comme l'a écrit Florence QUENTIN, "les religions, que l'on avait crues vouées à s'effacer devant le bulldozer de la sécularisation, réinvestissent le théâtre du monde", c'est à mon sens pour deux raisons : certes d'abord à cause du besoin, en ces temps troublés, de donner un sens l'existence, mais aussi et surtout, me semble-t-il, parce que les croyants (quelle que soit leur religion) ne s'interrogent pas encore (par auto-protection ?) sur l'origine psychologique, éducative et culturelle de leur foi, pas plus que sur sa fréquente persistance, due à la plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses   (imprégnation que les neurosciences tendent à expliquer, notamment par IRM fonctionnelle), ce qu'occultent évidemment toutes les religions ...
Je détaille mon point de vue sur mon blog :
http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html
Votre commentaire m'intéresserait vivement.
Je vous en remercie déjà.
Cordialement,
Michel THYS, à Ittre.

 

cher Monsieur,
j'ai pu parcourir votre texte sur votre blog. Il développe une hypothèse que je connaissais. Comme chercheur en théologie pratique (empirique) et accompagnant plusieurs travaux de recherche, je ne suis pas convaincu par l'argumentaire.
Comme on dit dans la critique des limites de la physique quantique, des "éléments de réalité" résistent au développement théorique. Par contre le "évidemment" de votre message est erronée, car la prise en considération de nouvelles recherches est la caractéristique de bon nombres d'instituts de recherche en théologie ou philosophie religieuse. Mais c'est interessant, et j'en discute d'ailleurs trops rarement avec mon collègue Saroglou, débordé comme moi, par les sollicitations et les enjeux fondamentaux. Je pense trop tard que vous auriez apprécié le colloque international achevé ce soir sur la rationalité théologique, à l'UCL.
avec mes salutations
Arnaud Join-Lambert



Cher Monsieur JOIN-LAMBERT,

Merci pour votre réponse.

En effet, l'adverbe "évidemment" que j'ai utilisé était inadéquat, comme

je l'aurais sans doute constaté si j'avais été présent à ce colloque

international sur la rationalité théologique à l'UCL.

C'est pourquoi je viens de m'abonner aux "Cahiers internationaux de

théologie pratique".

M'autorisez-vous à mentionner votre commentaire dans mon modeste blog ?

Merci d'avance.

Bien à vous,

Michel THYS

 

bonsoir,

vous pouvez bien entendu intégré mon commentaire sur votre blog. je plaide

pour le plus de débat et dialogue possible.

bonne continuation

Arnaud Join-Lambert

 

Bonsoir Monsieur JOIN-LAMBERT,

 

Merci pour votre accord.

À l'appui de votre propos, je viens de découvrir (mais un peu tard !) que vous avez écrit un livre à propos des NDE, dont je n'ai lu pour l'instant que les quelques pages lisibles sur Internet.

A ma connaissance, même lorsque l’EEG est plat du fait de l’anoxie cérébrale, le cerveau reptilien, responsable des fonctions végétatives et le mieux protégé en cas d'agression, est le dernier à mourir. Il est donc théoriquement susceptible d'envoyer des "messages de survie » au cortex sensoriel et même cognitif pour rétablir l'homéostasie. Ce qui expliquerait que certains aient alors un « sentiment d’intemporalité, d’harmonie et d’unité avec l’univers, de voir une lumière au fond d’un tunnel, d’entendre des voix ou même de voir Dieu".

 

Mais dans "La biologie de dieu", le neurophysiologiste Patrick JEAN-BAPTISTE a observé que, tout comme lors d’une épilepsie localisée dans le lobe temporal droit, ces expériences n’ont une connotation religieuse que dans le cas des croyants, qui ont forcément une attente religieuse. Vous écrivez d'ailleurs : « « les personnes ayant vécu une NDE sont liées à une culture et à des croyances qui forgent une certaine vision du monde », ce qui implique « une charge émotionnelle ». J'ajouterais que même la plupart des scientifiques, généralement anglo-saxons qui se sont intéressés à ce phénomène sont croyants ou au moins déistes, et ne sont hélas pas des disciples de Louis Pasteur qui laissait, comme vous le savez, ses « convictions au vestiaires avant d'entrer dans son laboratoire ».

Nous sommes donc d'accord pour dire que l'interprétation des NDE sera « probablement encore longtemps très variable en fonction des individus », et que les expériences d’EMI ne prouvent pas l’existence de Dieu (si ce n’est subjectivement, pour celui qui l’a vécue).

 

Je ne pense pas que les athées, « veulent à tout prix réduire les NDE à une cause physique ou psychique », ou « qu'ils projettent leur incroyance afin de mieux se rassurer » (je n'ai aucune inquiétude métaphysique), mais l'idée de « déraciner les superstitions propagées par les religions ne me déplaît pas.

« La foi, par définition, ne se démontre pas » : elle se vit, à la suite d'une « Révélation ». Mais son origine et de sa persistance sont observables par la psychologie, les neurosciences et la sociologie, ce qui peut inciter, sinon à rendre athée, du moins à s'interroger sur la « liberté religieuse ».

 

Àce sujet, je ne vous suis pas lorsque vous écrivez : « Si les contenus de la foi étaient démontrés, l'être humain serait obligé de croire ». Non, car un phénomène scientifique démontrable et reproductible n'est plus une croyance mais un fait établi jusqu'à preuve du contraire. Je pense que les religions, en fonction de la soumission qu'elles imposent, font perdre « à l'être humain sa dimension de liberté ». Exemple extrême : les musulmans, à qui les alternatives des autres religions et surtout celles qui ne sont pas confessionnelles sont occultées, n'ont pas le droit à l'apostasie, pourtant reconnu par l'art. 18 de la DUDH de1948. « Une démarche de foi pleinement compatible avec la raison, tout autant qu'une entière liberté laissée à l'être humain dans sa réponse croyante à la proclamation de l'Evangile » me paraît évangélisatrice, prosélyte et donc incompatible avec l'acquisition de l'esprit critique, du libre examen et du choix, aussi libre que possible, entre croyance ou incroyance. Sans la moindre connotation péjorative, n'est-on pas en droit de se demander si la certitude d'être libres des croyants ne serait pas une « rationalisation a posteriori » pour rendre leur foi, par définition subjective, intellectuellement acceptable ?

 

Cordialement,

Michel THYS

 

 

 

 

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 15:55

Suite à son article "Dieu est-il incompréhensible ?" j'ai demandé à Franz-Olivier GIESBERT, Rédacteur en chef de "Le Point" de lui transmettre mon commentaire  ci-dessous. Pour la forme évidemment, car je n'en espère pas de réponse ...


Bonjour Monsieur Jean-Luc MARION,

 

J'ai lu avec attention et intérêt votre article dans LE POINT (que je remercie !) : « Dieu est-il incompréhensible ? », et me permets d'exprimer un point de vue différent, celui d'un Belge, ancien croyant protestant « libéral », jusqu'à 21 ans, athée à 24 - j'en ai 73 -.

 

Je serais sans doute resté croyant si je n'avais pas eu la chance de découvrir avant l'âge de 25 ans, non seulement les alternatives laïques qui m'avaient été occultées jusqu'en 1960, mais surtout les premières études relatives à l'origine psychologique, éducative et culturelle de la foi, paradoxalement via le chanoine Antoine VERGOTE, toujours vivant, professeur émérite à l'Université catholique de Louvain (« Psychologie religieuse, 1964 »), ainsi que par la lecture des ouvrages de feu le docteur Paul CHAUCHARD, neurophysiologiste catholique, avec qui j'ai correspondu, et de ceux du psychiatre juif Henri BARUK, notamment.

Nos parcours intellectuels et spirituels sont totalement différents mais il me semble instructif et donc enrichissant de les comparer point par point.

 

Revenons à votre article, et aux commentaires qu'il me suggère :

« L'homme est-il un animal religieux ? ».

Les références de la Grèce antique ne sont plus d'actualité. Je pense que nous naissons tous « a-thées» : avez-vous remarqué, ce qui n'avait pas échappé à Antoine VERGOTE, sans doute à son grand dam, que chez les enfants de parents athées, la foi n'apparaît pas spontanément (sauf influences extérieures prosélytes) ? Les références abondent : je les tiens à votre disposition.

 

Les athées ouverts aux apports des neurosciences, dont je suis, ne se définissent plus « par la référence négative envers la possibilité que Dieu existe ». Il est entendu qu'aucune inexistence n'est démontrable, sauf en mathématiques, mais compte tenu que « Dieu » n'a jamais donné le moindre indice concret de son existence réelle et incontestable, et des observations neuroscientifiques, ces athées lui accordent cependant une existence subjective, imaginaire et donc illusoire. J'y reviens dans un article de mon blog, mentionné in fine, si du moins vous êtes curieux d'en prendre connaissance, sans chercher à vous convaincre que je puisse avoir « raison », cela va sans dire.

 

« L'analogie du rapport amoureux » avec la sensibilité religieuse est pertinente, du moins sous l'angle de leur « localisation » voisine dans le cerveau émotionnel.

« Notre rapport avec Dieu » ne relève pas d'une « connaissance par incompréhension », mais des traces indélébiles que laissent, fût-ce à des degrés divers et inconsciemment, dans le cerveau émotionnel puis rationnel, une éducation religieuse unilatérale, voire communautariste, confortée par un milieu croyant occultant les alternatives, surtout non confessionnelles.

 

Les athées ne veulent pas « vérifier, prouver, constituer, démontrer », mais seulement essayer de comprendre les processus évolutifs qui ont permis aux premiers hominidés de compenser leur faiblesse corporelle, en développant la bipédie, l'hypertrophie du néocortex et l'acquisition du langage, les rendant alors capables d'imaginer un nouveau mécanisme de défense : le recours à des dieux, puis à un seul, dont ils tentaient d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices.

Ne pas « faire de Dieu un objet d'étude comme un autre», « accepter les paradoxes inévitables (...) : connaître sans comprendre, aimer avant et pour connaître », ce serait à mes yeux le considérer comme « inconcevable, incompréhensible », définitivement mystérieux, et donc renoncer à utiliser notre intelligence. «Vraiment rien à voir avec la « pornographie » !

 

« Penser Dieu » me semble antinomique : la pensée relève du cerveau rationnel, tandis que la croyance en un dieu, quel que soit son nom, procède d'abord et surtout du cerveau émotionnel, fût-elle rationalisée a posteriori.

 

Les « valeurs » morales, que vous mettez de manière surprenante sur le même plan que les valeurs financières, ont soit un fondement religieux, fondé sur la soumission à des commandements et à des interdictions, soit sur un fondement laïque, fondé sur l'autonomie de la conscience et sur la responsabilité individuelle.

 

« La question de Dieu ne met pas (...) en crise celui qui pose la question ».

«Reconnaître Dieu », fût-ce par une « expérience « s'attestant elle-même dans la rencontre d'un interlocuteur, non compréhensible comme objet, mais qui ne cesse de déployer sa cohérence », aussi bénéfique soit-elle, ne prouve que son existence subjective. La « vérité » n'est jamais que personnelle, partielle et donc provisoire.

 

Il est vrai qu' « une recherche scientifique porte sur des objets », et que « Dieu n'appartient pas à l'objectivité ». En revanche, sont de plus en plus observables scientifiquement non seulement le fonctionnement neuronal d'un cerveau en prière ou en méditation, mais aussi, sociologiquement, la corrélation flagrante entre un milieu religieux exclusif et la persistance de la foi.

 

« La croyance en Dieu n'ouvre-t-elle pas la porte par définition à l'irrationnel » ?

Je pense que toute croyance est irrationnelle, parce que l'irrationalité est un mode de fonctionnement cérébral atavique et élémentaire, répondant aux incertitudes, quelles qu'elles soient.

Michel de PRACONTAL écrit dans « L'imposture scientifique en dix leçons » (2005), page 141 : « La pensée magique n'a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu'il s'agit d'un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n'a rien de naturel, c'est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L'éternel « retour de l'irrationnel » n'est en fait que la manifestation récurrente d'une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ». Sauf que, comme le constate la psychosociologie, cette prédisposition religieuse ne s'actualise qu'au sein d'un environnement croyant unilatéral, à la fois éducatif et culturel.

 

« La foi n'exclut-elle pas la raison » ?

« L'élargissement de la rationalité depuis un siècle » n'avait évidemment pas pour but de permettre « une meilleure approche de la Révélation » !

La raison, qui se veut objective, est-elle conciliable avec la foi, qui est subjective ? La science, qui se veut rationnelle et qui se fonde sur l’observation des faits et sur l’expérimentation, est-elle compatible avec la religion, qui se fonde sur la foi en un « dieu révélé » ? Une croyance telle que le créationnisme (ou sa variante, le

« dessein intelligent »), est-elle conciliable avec l’évolutionnisme, qui n’est même plus une théorie mais un fait d’observation flagrant ?

A mes yeux d’athée, les arguments des croyants, par exemple le recours à un dieu, ou à un grand architecte ou à un grand horloger pour les déistes, ou encore l’harmonie apparente du monde, etc., sont anthropomorphiques. Ce sont des pétitions de principe, tout comme l'argument ontologique de Saint Anselme pour prouver l'existence de Dieu.

 

L’ « argument » le plus subtil et le plus fréquemment évoqué par les croyants, c’est que la science et la raison s’occupent du « comment », tandis que la religion et la foi s’occupent du « pourquoi ». Et comme les unes et les autres se situent à des niveaux différents, elles seraient complémentaires et donc conciliables. Mais j'y vois une pirouette jésuitique, parce que cela voudrait dire qu'il suffirait de changer de point de vue, ou de lunettes, pour que deux hypothèses contradictoires puissent être vraies en même temps, alors que logiquement, l’une d’elles doit être vraie, et l’autre fausse.

 

Les dogmes fondamentalistes de « l'eucharistie , de la Résurrection , de l''Immaculée conception, de la Création, d'une « re-Création », etc.» défient la raison et accélèrent la chute vertigineuse de la religiosité, du moins dans la majorité des pays intellectualisés. Etant contre-productifs, je m'étonne donc que vous les évoquiez encore, et que vous tentiez même de les rationaliser.

 

Il va de soi que je ne cherche pas à vous convaincre que mon point de vue soit plus pertinent que le vôtre (je le respecte, tout en le critiquant), mais je serais heureux de lire votre commentaire, et vous en remercie déjà.

Cordialement,

 

Michel THYS

à Ittre (Belgique).

 

http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 15:48

Pour ne pas trop me répéter, fût-ce en des termes un peu différents, j'évite de reproduire sur ce blog mes nombreuses réactions à des articles divers.

Mais je ferai une exeption à propos du livre de Jean SOLER « Qui est Dieu ? », commenté par Michel ONFRAY, accusés tous deux d'être antisémites (ce commentaire a été envoyé à plusieurs sites).

 

SOLER et ONFRAY ne sont pas antisémites ! En effet, à mes yeux, ce sont TOUTES les religions, du fait de leur prétention à détenir et à imposer leur Vérité exclusive, LE vrai dieu et LE vrai livre « sacré », qui sont à l'origine de l'intolérance, et donc de la violence. Je m'étonne que les philosophes actuels, dont Soler et Onfray, s'en tiennent à sa seule origine religieuse. Et je regrette d'ailleurs qu'ils s'appuient sur des textes, d'ailleurs manipulés au cours des siècles, dont les auteurs présupposent l'existence réelle de Dieu, ce préjugé constituant une pétition de principe.

 

Ces philosophes ne tiennent aucun compte des observations des psychologues, des criminologues et des neurophysiologistes qui incitent à penser que la croyance religieuse (aussi bien celle d'il y a plus de 2.000 ans que celle d'aujourd'hui, et au-delà de notre irrationalité atavique - animisme, superstitions, ... -, exploitée par les religions), a une origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle, et que « Dieu » n'a plus qu'une existence subjective, imaginaire et donc illusoire.

Dans cette optique, tout le reste (les textes « sacrés », la philosophie, la théologie, les exégèses, etc.) n'est dès lors que « littérature » , un jeu de l'esprit, une réflexion sur les incertitudes de l'Histoire ...

 

Concernant l'origine de la violence :

Comme l'a montré le neurobiologiste Henri LABORIT, l'être humain, comme tous les mammifères en présence d'un danger de mort ou d'une menace, est d'abord régi par son cerveau "reptilien" qui l'incite à la fuite, ou à l'agression (ou à l'inhibition s'il "fait le mort"). Nous possédons toujours ce cerveau primitif, même s'il est compensé par le cerveau émotionnel et par le cerveau rationnel, en interactions constantes, mais en équilibre instable.

 

Si l’on excepte l’influence de certaines tumeurs cérébrales et celle des carences éducatives, voire de violences parentales non récupérées, et si l’on se place dans une approche génétique et neurophysiologique, l'animal humain, placé dans un certain contexte éducatif, culturel, affectif, hormonal, ..., a fortiori s'il a été endoctriné, reste virtuellement capable de haine et de violence.

 

L’Histoire confirme abondamment la piètre aptitude des religions et des idéologies politiques à développer une conscience morale autonome et le respect de la dignité humaine. Elle témoigne au contraire de leur remarquable aptitude à inciter, dès l’enfance, à la soumission, terreau favorable à un endoctrinement religieux ou idéologique.

 

Je pense même que l'absence totale de respect de la vie humaine du nazisme et du stalinisme n'est pas due à leur idéologie politique soi-disant athée, mais d'une part, à la croyance religieuse initiale et à la volonté de domination d'Hitler et de Staline, et d'autre part, à la soumission religieuse de ceux qu'ils ont endoctrinés.

 

Michel THYS

 

 

 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 16:21

Je n'ai pas l'habitude de mentionner sur ce blog mes nombreuses interventions sur des sites philosophiques, religieux, pédagogiques, et même sectaires. Mais dans son article du 20 mai 2012, « Pédagogie officielle ou liberté pédagogique : le choix de François Hollande», suite à son hommage du 15 mai à Jules Ferry,

http://www.mezetulle.net/article-laicite-souverainete-et-culture-critique-66229490.html

Catherine KINTZLER fait mention d'une réponse (commentairen°3) qu'elle m'avait faite le 15 février 2011, suite à son article du 1er février 2011 :« Laïcité scolaire, souveraineté et culture critique ».

http://www.mezetulle.net/article-pedagogie-officielle-ou-liberte-pedagogique-le-choix-de-f-hollande-105475231.html

Elle y exprime la différence entre la conception française (politique) de la laïcité, et celle (philosophique et « neutre » en Belgique.

Vu la longueur de l'article et des commentaires, je n'en extrais que le dialogue entre Catherine KINTZLER et moi. (Désolé pour les idées que j'ai déjà exprimées ailleurs...).

Bonjour Madame Catherine KINTZLER,

Puis-je me permettre d'exprimer un point de vue laïque, plus engagé que le vôtre ? Votre commentaire, fût-il bref, m'intéresserait vivement, ainsi que votre avis sur le projet d'enseignement du « fait religieux » et du « fait laïque ».

Je vous en remercie déjà.

Cordialement,

Michel THYS

Waterloo.

 

A propos de la liberté de pensée:

Vous écrivez : « Les élèves fréquentent l'école (publique) pour forger leur propre autorité, leur propre liberté »(...), et« un peuple souverain ne peut exercer sa liberté que s'il est éclairé ».

Dans le même sens, Marie PERRET paraphrasait à peine CONDORCET : il ne suffit pas de déclarer la liberté de conscience et de pensée des citoyens pour que ceux-ci soient effectivement libres.

J'estime en effet que la liberté constitutionnelle de conscience et de religion des pays démocratiques est actuellement plus symbolique qu'effective, parce que dans leur système éducatif, tant familial que scolaire, l'émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers.

Elle l'est d’abord, mon sens, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence légitime mais unilatérale, voire communautariste). Selon le psychologue religieux Antoine VERGOTE, en l'absence d'éducation religieuse (certes légitime mais unilatérale), la foi n'apparaît pas ! Les enfants de parents incroyants en témoignent a contrario.

L'émergence de cette liberté est ensuite confortée par l’influence d’un milieu éducatif croyant qui ne développe pas, ou insuffisamment, l'esprit critique en matière de religion, occulte toute alternative humaniste non aliénante et incite à la soumission. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.

Les neurosciences tendent d'ailleurs à confirmer l'imprégnation neuronale d'un milieu religieux exclusif : des neurophysiologistes ont constaté que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc par exemple les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Or ces traces neuronales sont indélébiles, et se renforcent par la plasticité synaptique, du fait de la répétition des expériences religieuses.

L’IRM fonctionnelle suggère que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi.

 

A propos de l'enseignement privé :

Vous écrivez d'autre part : « L'école fait en sorte que l'enfant s'extraie de sa condition infantile(...) pour acquérir plus d'« autonomie «  (...), « La pédagogie républicaine s'adresse prioritairement à la raison de chacun, elle écarte l'appel à l'affectivité, à la séduction (...) », et in fine « La formation du jugement raisonné suppose un parcours critique (...) à l'opposé d'une adhésion à des valeurs qui réclament une sorte de foi et qui peuvent fluctuer selon un dispositif affectif ».

Tout comme Marie PERRET, cela revient, me semble-t-il, à condamner, implicitement mais avec raison, l'enseignement confessionnel. A mes yeux, en effet,cet enseignement reste à la fois élitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, communautariste, anachronique et donc obsolète. Même si, hypocritement et pour s'adapter à la modernité, il a dû « lâcher du lest » (Marie PERRET), en concédant par exemple aux adolescents une certaine autonomie et une certaine responsabilité individuelle, cet enseignement privé, reste évangélisateur et inféodé à l'Eglise, qui, par destination , ne renoncera jamais à maintenir, autant et aussi longtemps que possible, sa mainmise sur les consciences, jeunes de préférence, parce que plus malléables, et sa volonté d'évangélisation.

 

A propos de la laïcité :

A mes yeux, la laïcité « politique », séparant les compétences des religions et celles de l'Etat, devrait aller de pair avec la promotion de la laïcité « philosophique », comme alternative aux religions indirectement favorisées aussi bien par la « neutralité » de l'Etat belge et par la « laïcité » de l'Etat français, surtout depuis le chanoine-président SARKOZY. En effet, cette laïcité philosophique, bien qu'elle se passe de toute référence transcendantale, n'est pas antireligieuse puisqu'elle prône le libre choix des convictions philosophiques OU religieuses.

Or l'Eglise persiste à viser le « démantèlement de l'école publique » (Marie PERRET), ouverte à tous, elle, au seul profit de l'enseignement privé, confessionnel et élitiste, lui.

Les néo-cléricaux spéculent en effet sur « les différences de niveau des établissements scolaires », ce qui aboutit à des écoles publiques « ghettos » pour les enfants d'immigrés, et à des écoles privées « sélect » pour enfants de bourgeois d'un niveau socioculturel plus élevé.

C'est un effet pervers de la liberté d'enseignement. alors qu'idéalement et partout, chaque enfant devrait pouvoir bénéficier d'un enseignement d'égale qualité, et non « à deux vitesses ».

Vers une école pluraliste ?

A notre époque de pluralité des cultures et des convictions, et pour que les libertés de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait donc, selon moi, s’orienter vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées, l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc. Votre article, comme celui de Marie PERRET, réalise implicitement un excellent plaidoyer en faveur d'un tel système éducatif. Il est certes encore utopique, et d'ailleurs déjà impensable pour CONDORCET qui souhaitait que, pour éviter tout « monopole », il fallait « un réseau privé d'enseignement parallèlement au réseau public » !

Certes, on n'empêchera jamais qu'il y ait des écoles privées, mais elles pourraient devenir l'exception.

Commentaire n°3 posté par Michel THYS le 15/02/2011 à 09h58

 

Réponse de Catherine le 15/02/2011 à 12h11 :

Merci pour votre réflexion. Il me semble que je n'ai jamais plaidé en faveur d'un système éducatif tel que celui que vous décrivez - bien au contraire.

D'abord le système dont vous parlez considère la laïcité comme s'il s'agissait d'une position parmi d'autres ; cela ne me semble pas tout à fait exact : la laïcité scolaire ne consiste pas à exposer telles ou telles "opinions" mais à installer l'ensemble de l'enseignement sur un socle critique et réflexif.

Ensuite, l'idée de ce "système" pluraliste global a été avancée naguère sous le thème "grand système public d'éducation unifié et pluraliste" : elle consistait tout simplement à introduire dans l'enseignement public des établissements à caractère particulier et à installer la concurrence entre ces établissements. C'était le système privé financé par fonds publics encore plus développé que celui qui existe aujourd'hui. voilà pourquoi je me méfie beaucoup de propositions qui reprennent ces termes !

Ma position est différente. Je pense qu'il faut deux réseaux scolaires concurrents, l'un public soumis au principe de laïcité, l'autre privé et financé par fonds privés. L'ensemble étant tenu par le monopole public des examens nationaux sur programme. En outre je pense qu'il faut maintenir l'obligation de l'instruction (et non pas instaurer une obligationscolaire) car, en laissant la possibilité ouverte au préceptorat, l'obligation d'instruction, à condition qu'elle soit strictement encadrée par des programmes et des examens nationaux, protège la liberté pégagogique et rend plus difficile l'imposition d'une pédagogie officielle.

 

Commentaire n°4 posté par Michel THYS le 15/02/2011 à 13h47 :

Merci pour votre commentaire convaincant. Je me range volontiers à votre conception de la laïcité scolaire : elle « ne consiste pas à exposer telles ou telles "opinions" mais à installer l'ensemble de l'enseignement sur un socle critique et réflexif ». Néanmoins, dans cette optique, certes constitutionnelle, seul l'enseignement public est hélas concerné, ce qui, sauf revient à laisser définitivement les élèves de l'enseignement privé, sauf réaction individuelle, sous l'emprise confessionnelle ... C'est pour obvier à cette pratique unilatérale, devenue contestable à notre époque, du moins à mes yeux, et donc pour tenter de faire évoluer les mentalités communautaristes et intolérantes, que je préconisais de repenser la notion de neutralité et de laïcité, en offrant à tous les élèves une information minimale, non prosélyte et aussi objective que possible, sur les différentes options philosophiques ou religieuses. Par simple honnêteté intellectuelle ... Je pense en particulier aux élèves musulmans, particulièrement défavorisés à cet égard, et donc moins intégrables à notre société multiconfessionnelle.

Michel THYS

 

Réponse de Catherine Kintzler le 18/02/2011 à 21h19 :

Ce que vous dites de l'enseignement privé n'est vrai que si l'enseignement public abandonne le monopole des programmes et des examens nationaux. Si l'instruction est encadrée par l'obligation des programmes et si les examens sont sous monopole public national, l'objection tombe. Par ailleurs, il me semble difficile de refuser aux parents de donner à leurs enfants l'éducation de leur choix, toujours à condition que cette liberté soit accompagnée de l'obligation d'instruction telle que je viens de la souligner. Ces idées ne sont pas de moi : je les trouve exprimées clairement dans les textes de Condorcet. Par ailleurs, et c'est aussi un point que Condorcet précise nettement, l'enseignement public n'est pas comparable à d'autres institutions comme la police ou la justice : il a tout à gagner du stimulant externe d'un autre réseau (privé).

 

S'agissant des élèves musulmans dont vous parlez à la fin de votre commentaire, pourquoi les considérer comme un bloc monolithique et les unifier autour d'une cohésion qui n'existe pas ? Je suppose qu'il n'y a pas plus différent d'un musulman qu'un autre musulman.

Quant à la question de l'intégration, l'école doit avoir la grandeur de considérer qu'elle concerne tout le monde. Le fils de cadre supérieur doit être intégré comme le fils de paysan. Mais cela n'est intelligible que si l'école a le courage d'enseigner vraiment. Je prends l'exemple de l'enseignement du français en France : le courage consiste à l'enseigner à tous comme une langue étrangère, ce qu'il est et doit être effectivement pour tous ceux qui sont sur les bancs de l'école. C'est pourquoi il faut lire les poètes et privilégier la littérature au lieu de lire des textes nuls et insipides. C'est pourquoi il faut faire de la grammaire, etc. Ce sont les poètes et les grands écrivains qui nous apprennent à passer de l'idiome à la langue. Et cela vaut pour les langues dites régionales : Frédéric Mistral ne raisonnait nullement en termes particuliers, il considérait que le provençal devait devenir une langue non réservée aux seuls "natifs", mais universelle.

Enfin un dernier mot sur l'expression "notre société multiconfessionnelle" : elle oublie tout simplement ceux qui n'ont pas de religion ou ceux à qui la question du religieux est indifférente. Et l'association politique n'est pas coïncidente avec la société : elle a même souvent pour objet de lutter contre bien des effets de la société.

 

Commentaire n°5 posté par Michel THYS le 19/02/2011 à 14h52 :

Vous avez raison, chère Catherine KINTZLER : « Si l'instruction est encadrée par l'obligation des programmes et si les examens sont sous monopole public national, l'objection tombe ». Hélas,en Belgique, majoritairement flamande et encore catholique, pays régi par le principe de la pseudo « neutralité » (en fait indirectement favorable aux religions), celui de laïcité (politique) n'a toujours pas été inscrit dans sa Constitution. L'enseignement confessionnel y jouit donc d'une autonomie inacceptable, du moins à mes yeux d'athée (qui ne conteste pas pour autant le droit légitime de préférer une croyance religieuse à une vision humaniste laïque, mais en connaissance de cause !).

Certes, les parents ont le droit, légitime et constitutionnel, « de donner à leurs enfants l'éducation de leur choix », mais même dans l'enseignement officiel, aussi bien belge que français, à en croire Joël PEERMAN, des enseignants se heurtent à un refus, de la part de certains élèves musulmans, de prendre même connaissance de l'évolutionnisme, au point de quitter la classe ... !

La « tolérance » et la permissivité aidant, l'école ne joue donc pas assez, à mes yeux, son rôle compensateur des influences familiales, certes légitimes mais unilatérales.

Je suis par ailleurs interpellé par le fait qu'au sein de la communauté musulmane (de chez nous), on ne rencontre pratiquement pas (pour ne pas dire jamais) d'incroyants, qu'ils soient agnostiques ou athées (Je n'y inclus pas les déistes, qui ne nomment pas « Dieu »).

N'est-ce pas la preuve, a contrario, d'un endoctrinement religieux, familial puis culturel, et que la « liberté de conscience et de religion » constitutionnelle est donc plus symbolique et intentionnelle qu'effective ? Ma conception de la neutralité, et même de la laïcité (philosophique), n'exclut pas une information, objective et non prosélyte, pour tous.

Le génial CONDORCET, dont l'appartenance maçonnique, parfois contestée, est pourtant amplement méritée, fut un pédagogue clairvoyant mais, il ne pouvait évidemment pas adapter ses idées aux nuances de l'évolution culturelle de notre société.

Je vous suis peut-être moins à propos du provençal, ou de tout autre dialecte ou patois, s'il prétend au statut de langue : ils ont certes leur charme, et doivent être préservés, mais pas au point, à mon sens, de prétendre au statut de langue nationale, parce qu'ils sont souvent sources de concurrence nationaliste et donc de discorde. La Belgique risque pour l'instant d'éclater, notamment parce qu'en 1830, et plus tard, les constituants n'ont pas eu le courage, ou la lucidité, de « décréter » que le français, langue des intellectuels, serait la langue nationale, malgré l'héritage politique hollandais. Il est vrai aussi qu'à l'époque, le flamand étant qualifié péjorativement par les bourgeois de « patois des paysans, des ouvriers et des domestiques », le « complexe d'infériorité » qui en est résulté est encore à la base de l'esprit revanchard des Flamands actuels, surtout politiques ...

 

La société est en effet « multiculturelle » avant d'être « multiconfessionnelle ». Les incroyants, actuellement peu reconnus bien que de moins en moins minoritaires, ne sont pas encore suffisamment pris en compte par « l'association politique », hélas opportuniste, voire électoraliste ...

 

Merci pour l'éclairage que vous apportez. En matière de langues "régionales", effectivement l'expérience des Belges doit nous faire réfléchir ; je parlais, en citant le provençal tel que le concevait Mistral, non pas de l'ambition de faire de telle ou telle langue la langue officielle d'un pays, mais de l'ambition littéraire. Et il me semble que lorsque des langues peuvent produire et accueillir de grandes littératures, elles coexistent plus facilement entre elles.

Pour ce qui est de la prise en compte des incroyants, la notion de "prise en compte" ne me semble pas toujours adéquate : je pense que la laïcité, en tant que dispositif juridique, ne consiste pas à prendre en compte les courants de pensée, mais à s'aveugler à ces courants par une sorte de minimalisme, ce qui les rend égaux dans le cadre du droit commun.

Mais cet aveuglement n'est pas réductible à un silence dans le domaine de l'éducation, il suppose la mise en place d'un espace critique commun capable de s'abstraire des convictions et de les regarder non pas comme des adhésions, mais comme des pensées dont le contenu est digne d'intérêt. Ici nous sommes bien d'accord : il faut que chacun puisse effectuer un recul, s'extraire de sa condition d'origine, ce qui ne signifie pas forcément rompre avec elle.

Je m'aperçois en fait que sur ces deux points j'ai écrit un article qui pourra peut-être vous intéresser et je me permets de vous le signaler : Existe-t-il une spiritualité laïque ?

 

Commentaire n°7 posté par Michel THYS le 25/02/2011 à 11h05 :

Merci pour votre réponse, et de m'avoir fait découvrir votre article « Existe-t-il une spiritualité laïque ? ».

Il va de soi que je ne cherche pas à faire prévaloir mon point de vue, mais je souhaiterais, si vous me le permettez, évoquer quelques-unes de nos interprétations divergentes à propos de certaines notions.

Lorsque vous écrivez : « (...) la laïcité, en tant que dispositif juridique, ne consiste pas à prendre en compte les courants de pensée, mais à s'aveugler à ces courants par une sorte de minimalisme, ce qui les rend égaux dans le cadre du droit commun », vous définissez fort bien la laïcité, celle que l'on qualifie en Belgique de « politique ». Notez cependant que Nadia GEERTS, par exemple, philosophe et professeure belge de morale laïque, semble, comme vous, promouvoir davantage la laïcité politique que la laïcité « philosophique ». Avez-vous lu l'intéressante distinction qu'en a faite l'ancien président du Centre d'Action Laïque, Philippe GROLLET ? :

Spiritualités et humanismes laïques, par Philippe Grollet à l'occasion de la rentrée académique de la Faculté Ouverte des Religions et des Humanismes Laïques (FOREL) - Charleroi, 6 octobre 2005

Je crains, pour ma part, que l'aveuglement minimaliste de la laïcité politique que vous prônez, aussi pertinent soit-il, ne favorise à terme une vision religieuse, unilatérale, voire prosélyte de la citoyenneté, et donc un communautarisme croissant, voire l'intolérance.

C'est pourquoi, à tort ou à raison, je persiste toujours à penser qu'une future école pluraliste, permettant une information objective et non prosélyte, concernant aussi bien la laïcité « philosophique » que, outre les principales religions, l'origine psychologique et éducative de la foi, et la soumission qu'elle implique à des degrés divers, permettrait d'exercer, mieux qu'actuellement, l'esprit critique des adolescents et une meilleure compréhension mutuelle.

Mais je dois reconnaitre qu'en Belgique, le projet d'école pluraliste est au frigo depuis 35 ans, parce qu'à l'époque, les laïques craignaient avec raison d' « introduire le loup dans la bergerie ».

De nos jours, il me semble quand même que non seulement les temps et les mentalités ont changé, mais que la « concurrence » entre établissements, que vous mentionniez dans votre première réponse est devenue, non plus « philosophique », mais socio-culturelle et donc inégalitaire, alors que le système éducatif devrait idéalement offrir un enseignement d'égale qualité pour tous.

Vous écrivez que « dans une Etat laïque, on assure la liberté de chacun, pourvu qu'elle reste dans le cadre du droit commun »». Il ne me semble pas qu'elle soit assurée, ni garantie. Certes, de nos jours, on y rencontre de plus en plus de croyants qui se sont plus ou moins affranchis de la croyance qui leur avait été imposée ou qui se concoctent un amalgame qui leur convient (cf Danielle HERVIEU-LEGER). Mais on y voit aussi des croyants irréductibles, notamment musulmans, parce qu'en dehors du dogmatisme auquel ils sont soumis, ils n'ont pas bénéficié d'un enseignement favorisant l'émergence et le développement de l'esprit critique, à tous points de vue, et donc de la possibilité ou de la chance de découvrir les horizons philosophiques occultés par leur milieu culturel, dogmatique et traditionaliste.

Comment un enfant pourrait-il « faire le deuil d'une fausse certitude » s'il n'a pas eu l'occasion de découvrir d'autres points de vue pour en juger ? Comment un enfant peut-il "comprendre vraiment quelque chose s'il n'a pas compris pourquoi il n'a pas compris" ?

« On ne peut vraiment expliquer quelque chose qu'en provoquant d'abord l'erreur qu'il faudra éluder pour la rectifier ». Cela implique que les enfants et adolescents, notamment musulmans, doivent avoir découvert à l'école que les sciences sont en droit de contredire les « Vérités » du coran , ce qui les rend incompatibles et inconciliables. Mais cela n'empêche nullement ces jeunes de persister dans leur croyance, enfin en connaissance de cause, dans ce que nous considérons comme une « erreur », la spiritualité religieuse, émotionnelle, étant incompatible avec le « libre-examen », rationnel, nonobstant une « rationalisation a posteriori ».

Par la « philosophie critique », qui caractérise, si je vous ai bien comprise, la spiritualité laïque « (...) si l'on s'efforce de construire (la cité) sur un socle qui écarte a priori toute référence transcendantale, cela met la pensée en relation avec elle-même de manière décisive ». Certes, mais cette conception laïque, qui n'est pourtant ni « athéiste » ni prosélyte, prête souvent le flanc à la critique de la part de nombreux croyants qui estiment qu'elle implique un « dogmatisme laïque » comparable au dogmatisme religieux. En outre, cette conception me semble témoigner d'une indifférence qui me dérange à l'égard des adolescents, futurs adultes, actuellement privés de toute alternative non aliénante.

 

Vous écrivez : « Les valeurs ne sont que des objets de croyance, elles peuvent être supplantées par d'autres; par définition les valeurs fluctuent ». A mes yeux, il existe pourtant, si pas des valeurs universelles, du moins des valeurs « universalisables », parce qu'acceptables et bénéfiques à tous, partout, et sous-tendues par ce que vous appelez « les principes rationnels minimaux » auxquels on « consent parce qu'on en établit l'utilité et la nécessité ».

Voici comment je conçois « perso » la spiritualité laïque, de manière plus « psychologisante » que philosophique, j'en conviens. 

La spiritualité n'est évidemment pas l'apanage des religions.
Même sans connotation religieuse, dès que nous sommes en présence d’une circonstance qui nous dépasse ou dans un épisode heureux ou douloureux de l’existence, nous devenons sensibles à une forme ou l’autre de spiritualité, religieuse ou non.

Ainsi, Eric-Emmanuel SCHMITT, en état de faiblesse, car perdu sous la voûte étoilée et glaciale du Sahara, a ressenti un bouleversement affectif et a retrouvé la foi, ou du moins ce dont le judéo-chritianisme l'a plus ou moins imbibé, comme sans doute la plupart d'entre-nous, en pareille circonstance.

Mais la dimension spirituelle se découvre tout aussi bien par la méditation zen, le bouddhisme, le hatha-yoga, la musique de Mozart, un orgasme simultané, une odeur d’encens, etc.

Par contre, sa ...

 


Pour la cohérence, je me permets de répéter les 15 dernières lignes de mon commentaire précédent, trop long pour y avoir été mentionnées.

(...) Par contre, sans redevenir croyant pour autant, André COMTE-SPONVILLE, marchant la nuit en silence dans la forêt, a ressenti « une grande paix, la suspension ou l’abolition du temps, et du discours, une simplicité merveilleuse et pleine, comme si tout l’univers était là, présent, sans mystère ni question, (...), une béatitude, un premier instant de plénitude, … ».

Pas étonnant qu’il se définisse comme « athée fidèle », conscient de l’influence de sa croyance chrétienne initiale, son cerveau émotionnel, et ensuite rationnel, en conservant la trace.

Il existe aussi une spiritualité laïque plus active, certes plus rare, celle des laïques qui, tout en se passant de toute transcendance, ne sont pas pour autant antireligieux. Ils condamnent cependant l'imposition précoce de la foi, et loin de prêcher l'athéisme, ils prônent la liberté de croire ou de ne pas croire. Ils reconnaissent donc le droit légitime et respectable de croire, a fortiori après s'être remis en question. 

Leur spiritualité consiste globalement à se sentir sur une même longueur d’onde que celle des hommes et des femmes animés par un idéal commun de perfectionnement individuel et collectif, par le respect des mêmes principes et des mêmes valeurs humanistes, par une confiance mutuelle a priori, etc.

Ce qui, pour un laïque, est « sacré », dans le sens d’inviolable, c’est d’abord le respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant, et celui de leurs droits et libertés, de leur liberté de pensée, etc., ce qui implique de ne pas tolérer des pratiques intolérables, telles que l’excision, pour ne citer que cet exemple extrême.

Cordialement,

Michel THYS,

à Waterloo

 

Réponse de Mezetulle le 25/02/2011 à 21h27

Oui, merci pour ce complément. Overblog coupe intempestivement les coms à partir d'une certaine longueur. Je n'y suis pour rien, désolée.

 

 

 


 

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 22:26

Voici le commentaire que j'ai envoyé à Christian de DUVE, à propos de son livre

« De Jésus à Jésus, en passant par Darwin », ainsi que sa brève réponse :

 

Cher Professeur Christian de DUVE,

 

Je partage largement vos vues, sauf lorsque vous écrivez que "Jésus est notre seul espoir (...)".

D'une part, en effet, vous avez écrit que les religions "n'ont pas abandonné leur prétention à détenir la vérité suprême", et (ajouterai-je) à l'imposer au monde entier dans l'avenir.

Je crains donc, à plus ou moins long terme, un affrontement croissant entre les fondamentalistes chrétiens évangélistes et islamistes, notamment.

 

D'autre part, l'existence « historique » de Jésus, indépendamment de son message d'« amour du prochain », reste quand même assez discutable, et ce prophète n'a certainement jamais dit tout ce qu'on lui a fait dire ! En outre, l'humanisme chrétien est fondé sur la « Révélation » et sur des textes manipulés au cours des siècles et souvent apocryphes, pour imposer la soumission, fût-ce à des degrés divers, à un dieu et à un livre « sacré » exclusifs.

Enfin, le christianisme, mal compris j'en conviens, a été et est encore, comme toutes les religions, source de communautarisme, d'intolérances et de violences.

 

Le « seul espoir », à mes yeux, ce serait plutôt de promouvoir l'alternative de l'humanisme laïque. Certes, il se passe de toute référence surnaturelle et transcendante, il est non confessionnel, mais pas pour autant antireligieux (il prône en effet le libre choix des convictions philosophiques ou religieuses), il conçoit une spiritualité laïque, une morale laïque, et il répond à l'aspiration croissante à l'autonomie et à la responsabilité individuelle (du moins dans la plupart des pays intellectualisés, et pour autant que les alternatives non confessionnelles ne soient pas volontairement occultées comme aux USA, en Irlande, en Pologne, etc.)

Il défend en outre des valeurs "universalisables", car bénéfiques et donc acceptables par tous et partout, telles que le respect de l'homme, de la femme et de l'enfant, la liberté de conscience et de pensée, etc.

 

Votre pensée, puisque vous vous dites « agnostique », rejoint au moins partiellement celle d' André COMTE-SPONVILLE, « athée fidèle », conscient lui aussi de l’influence de sa croyance chrétienne initiale : marchant la nuit en silence dans la forêt, il a ressenti « une grande paix, la suspension ou l’abolition du temps et du discours, une simplicité merveilleuse et pleine, comme si tout l’univers était là, présent, sans mystère ni question, (..), une béatitude, un premier instant de plénitude, … ».

Feu le neurobiologiste Henri LABORIT, lui aussi agnostique (c'est logique et cohérent pour un scientifique), était sensible comme vous au message d' « amour du prochain », puisqu'il a écrit « Jésus est mon ami », mais aussi et surtout : « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». (« Eloge de la Fuite », page 59, et aussi dans le film « Mon oncle d’Amérique » d’Alain RESNAIS), ou encore, (répondant à Jacques Languirand, à Radio Canada) : « Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! »

 

Vous avez dit enfin : «l'affirmation de l'inexistence de Dieu est gratuite, elle relève du dogmatisme tout comme l'affirmation de l'existence de Dieu».

Certes, mais la psycho-sociologie constate que la foi n'apparaît pas spontanément chez les enfants de parents non-croyants, et qu'au contraire, statistiquement, il y a une fréquente corrélation entre une éducation religieuse excluant toute alternative laïque et la persistance de la foi (l'éducation coranique en témoigne hélas à 100 %, la soumission y étant totale).

Cela tend, me semble-t-il, à confirmer, si besoin était, l'origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle de la foi.

 

Quant à sa fréquente persistance, au moins sous forme de déisme (cf Einstein), la neurophysiologie constate que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc notamment les comportements religieux, voire les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Or, comme en témoignent certains scientifiques croyants, créationnistes et imperméables à toute argumentation rationnelle et même scientifique, ces traces neuronales sont indélébiles, et se renforcent même par « plasticité neuronale », au fur et à mesure des expériences religieuses.

 

D'ailleurs, les observations par IRM fonctionnelle et par tomographie à émission de positons, sur des religieuses notamment, suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre sont inconsciemment « anesthésiés », à des degrés divers, par ces influences précoces, du moins en matière de foi, et indépendamment de l’intelligence et de l’intellect.

 

Il me semble dès lors « raisonnable » de penser que, dans quelques décennies, les neurosciences pourraient bien, si pas "démontrer", du moins suggérer, inciter certains à penser que l'existence de « Dieu » (qui de fait ne s'est jamais manifesté concrètement !), est seulement subjective, imaginaire et donc illusoire (étant entendu que la foi, surtout si elle a été choisie à partir d'alternatives, restera évidemment toujours un droit légitime et respectable).

Pour plus de détails : http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html

 

Bien que vous soyez déjà très sollicité, cher Professeur, je serais heureux de lire votre commentaire (mais surtout vos critiques).

Je vous en remercie déjà cordialement, et vous présente mes respectueuses salutations.

 

 

Michel THYS,

à Ittre, ancien croyant (comme vous, mais protestant « libéral »)

jusqu'à 21 ans, athée depuis plus de 50 ans.

 

Sa réponse :


Le 3/01/2012 14:58, Christian de Duve a écrit :


Cher Monsieur,

J'ai lu votre article avec grand intérêt et y ai retrouvé des sujets de concordance. Malheureusement, le poids des années et les responsabilités qui me restent me mettent dans l'impossibilité de poursuivre le dialogue. Comptant sur votre compréhension, j'espère que vous m'excuserez.

Bien à vous.

Christian de Duve

Cher Professeur de DUVE,

Merci pour votre réponse, dont je comprends évidemment la brièveté.
Avec toute mon admiration, et bien cordialement.

Michel THYS 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 16:59

 

 

Pourquoiles créationnistes ou partisans du "dessein intelligent » le sont-ils ?

Ont-ils vraiment choisi de l’être ?

Pourquoi sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et scientifique et ne changent-ils jamais d’avis ?

Pourquoi des scientifiques croyants, ne pouvant plus contester le fait de l’Evolution, tentent-ils de faire du « dessein intelligent » une « théorie scientifique" digne d'être enseignée au même titre que la théorie (et même le fait d'observation) de l’Evolution, alors qu’il s’agit d’une croyance ?

Pourquoi veulent-ils à tout prix, souvent jusqu'à la « mauvaise foi », tenter de concilier la foi et la raison, le subjectif et l'objectif, la religion et la science ?

 

Je propose quelques hypothèses explicatives. Notamment :

- parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires et qu’ils ont besoin d’explications immédiates et sécurisantes.

- parce que la notion de commencement, et donc de création, est anthropomorphique et sécurisante.

- parce qu’il est difficile, à notre échelle moins que centenaire, de se représenter l'influence que des centaines de millions d'années d'environnements différents a eue sur l' Evolution, ce qui explique pourtant la complexification aléatoire du vivant et la variétés des espèces.

- parce que, comme l’a dit le Pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF :

« S’il n’y a pas eu création, tout le reste s’écroule ! » … ( donc aussi Dieu, etc. !).

- mais sans doute aussi et surtout à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques par ailleurs éminents.

 

En effet, par orgueil et méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant – orgueil oblige - que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral aient pu laisser des traces indélébiles dans leur cerveau émotionnel, au point d’influencer leur cerveau rationnel et d’anesthésier leur esprit critique, indépendamment de leur intelligence et de leur intellect, dès qu’il est question de religion.

 

Comme l’a écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ».

 

C'est, me semble-t-il, un fait d’observation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, puis confortée par l’influence d’un milieu culturel unilatéral puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante et qu’il incite, à des degrés divers, à la soumission à une « Vérité » exclusive et dès lors intolérante et communautariste. L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 % … La « vérité » ne devrait pourtant être que personnelle, partielle et donc provisoire ...

 

La soumission religieuse s’explique : après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (dominant / dominé), Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’Evolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … !).

 

Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la religiosité à l’âge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, puis polythéiste, n’est apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, hypertrophié, d'imaginer, grâce à la bipédie, au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi », fût-il de nos jours qualifié, par rationalisation a posteriori, de « Présence Opérante du Tout-Autre »(A. Vergote).

 

Des neurophysiologistes ont par ailleurs constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire cognitive) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, par la répétition d'expériences religieuses, se renforcent par « plasticité synaptique » et sont indélébiles …

L’ IRM fonctionnelle tend d'ailleurs à confirmer que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.

 

On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.

Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions et autres indignités, …) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en l’existencesubjective de « Dieu », restera toujours un droit légitime, mais d’autant plus respectable qu’elle aura été le fruit de la réflexion et du libre examen, et donc choisie en connaissance d'alternatives laïques, plutôt qu’imposée précocement.

 

Puisse l’avenir favoriser l’avènement d’un système éducatif pluraliste, fondé sur un humanisme, non pas athée mais laïque car non prosélyte, qui permettrait à chacun de choisir aussi librement que possible de croire ou de ne pas croire.

 

Michel THYS à Waterloo. michel_thys@voo.be http://michel.thys.over-blog.org

 

Références bibliographiques.

 

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966,

ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D

« Religion et développement humain »,. 2001.

- - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Jean-Didier VINCENT « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » O. Jacob 2007.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».

 

Etc.

 

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